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affiche-film-l-opinion-publiqueMarie et Jean s’aiment en dépit de leurs familles et projettent de quitter leur village pour s’établir à Paris. Mais alors que Jean est allé chercher sa valise, laissant Marie à la gare, son père décède brutalement et il renonce à partir…

Movie challenge 2018 : un film muet

Pour cette catégorie du Movie challenge 2018, j’avais depuis le début décidé de voir un film de Charlie Chaplin. C’est un des rares cinéastes antérieurs au cinéma en couleur dont je connais assez bien l’œuvre et que j’apprécie beaucoup. J’ai même travaillé sur son cinéma lors d’un cours il y a quelques années, ce qui m’avait donné l’occasion de découvrir quelques films moins connus que Les Temps modernes ou The Kid.

Et pourtant, je n’avais jamais entendu parler de L’Opinion publique, et je me suis rendu compte en sondant mon entourage que ce film est vraiment méconnu. Premier film de Chaplin dans lequel il n’apparaît pas en tant qu’acteur (il fait juste un caméo), A woman of Paris, d’après son titre original, est aussi à mes yeux le premier film de Chaplin où il ne vole pas la vedette à Edna Purviance, sa comédienne fétiche, car ici c’est bien la femme le rôle central.

Très différent dans son ambiance des autres films du réalisateur, celui-ci a connu un échec en salles à sa sortie tant il a déstabilisé les spectateurs habitué au burlesque social qui fait la patte Charlot. Ici c’est au drame intimiste que se frotte le réalisateur et je comprends qu’il ait été déçu car il compose un film de grande qualité.

Bien sûr, on retrouve deux de ses acteurs habituels (Edna Purviance et Carl Miller) et quelques éléments comiques parsemés entre deux scènes sérieuses (par exemple lorsqu’une amie de Marie utilise discrètement un saxophone comme cendrier). On pourrait trouver dans le jeu sur les différentes pièces (un personnage entend une conversation derrière une porte, etc) quelque chose du théâtre de boulevard. Mais au fond, en dépit de l’apparente légèreté des personnages, on sent que la tragédie rôde.

Et n’allons pas croire que, parce qu’une femme donne son nom au titre, il s’agisse d’un film féministe avant l’heure. Marie St Clair, comme toutes les jeunes femmes du film, est frivole, légère, inconséquente, orgueilleuse et ne sait pas ce qu’elle veut. Les hommes, quant à eux, sont soit des malotrus qui s’amusent avec les femmes et les traitent comme des objets voire des jouets que leur argent leur permet d’acheter (Pierre Revel) soit des lâches qui n’ont pas le courage de choisir leur propre vie indépendamment du qu’en dira-t-on ou de la bénédiction familiale (Jean Millet). Aucun beau personnage aux sentiments purs ne vient sauver cette histoire de la médiocrité humaine. Paris fait alors figure de lieu de débauche, et, comme souvent chez Chaplin, c’est dans l’humilité matérielle et le soin aux orphelins que le cœur impur peut trouver à se racheter. On passera sur cette morale d’un autre temps pour garder en tête ce film dont la noirceur n’a d’égale que la gaieté des plans festifs, un peu à l’image d’un Gatsby.

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