« Vierges » : le chant des sirènes

affiche-film-viergesLana s’ennuie à Kiryat Yam, surveillant vaguement sa petite cousine Tamar, tandis que sa mère tente de sauver son café de la faillite. Lorsqu’un habitué du café raconte une histoire de sirène et qu’un journaliste débarque, tout change…

J’aurais énormément aimé pouvoir attribuer ce film à la catégorie « un film ni européen ni américain » du #MovieChallenge2018 car j’étais si contente de voir un film israélien (d’habitude pour ce type de catégorie je pioche dans le cinéma japonais, c’était l’occasion de varier). Mais il s’avère que le film est franco-belge-israélien, et je ne vais pas tricher.

Je suis tout de même ravie d’avoir pu découvrir le premier long de Keren Ben Rafael. Encore une élève de la Fémis qui fait preuve dès ses premiers pas de réalisatrice d’une voix singulière dans le paysage cinématographique.

Vierges, dont le titre français peut étonner si l’on ne sait pas qu’en hébreu « sirène » veut dire « vierge de la mer », est à la fois ancré dans le plus profond réalisme et vaguement onirique. J’ai pensé au cours du film au Secret des banquises pour le mélange des tonalités et des genres et l’idée d’une créature marine qui fascine tout le monde.

La possibilité de trouver la sirène rameute les touristes sur une plage désertée où périclite le café d’Irena (Evgenia Dodina), qui incarne une femme à la fois forte, déterminée, rigide, mais aussi fatiguée et tiraillée entre son café et l’homme qu’elle fréquente. Dans l’ensemble le film propose de très beaux portraits de personnages féminins, à commencer par Lana, la fille d’Irena (Joy Rieger), une ado qui n’a pas froid aux yeux. Elle méprise la pauvreté et l’ennui qui se dégage de Kiryat Yam et ne rêve que de partir à Tel Aviv. Enfin, il y a Tamar, mystérieuse pré-ado au comportement de petite fille, toujours à moitié déguisée et fascinée par la sirène.

Ce qui fait la particularité du film, c’est sa façon de traiter ses différents thèmes, en mêlant une forme de mélancolie qui infuse tous les plans à quelques éléments comiques visuels, souvent liés aux apparitions des hommes (les vieux habitués du bar, le maire qui fait son jogging…). Car face à ces femmes de caractère, les hommes semblent ne jamais être à la hauteur. Empêtrés dans leurs lâchetés ou leurs fanfaronnades, leurs magouilles ou leur manque de considération pour les femmes, ils réussissent pourtant parfois à les séduire, mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est quelque part par défaut. On pourrait regretter qu’ils ne s’éloignent pas des clichés de l’ado intimidé, du journaliste sans scrupules ou du politicien véreux.

On ne sait pas trop où veut nous emmener Keren Ben Rafael, entre le film social, le fantastique, la chronique douce-amère, le coming of age, le drame… Reste une question fondamentale qui anime les personnages du film, et qu’incarne la fameuse sirène : faut-il y croire ?

6 commentaires sur “« Vierges » : le chant des sirènes

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  1. Je n’avais pas encore entendu parler de ce livre mais je suis curieuse de pouvoir le découvrir et de me faire mon propre avis.
    Merci de ta critique .
    Bon weekend

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