« The Guilty » : l’angoisse au bout du fil

affiche-film-the-guiltyÀ la suite d’une bavure, Asger travaille au 112 comme répartiteur d’appels d’urgence. La veille du procès qui doit lui permettre de retrouver son ancien poste, une femme l’appelle pour signaler qu’elle subit un enlèvement…

Malgré une bande-annonce qui promettait un sérieux niveau de stress, je me suis décidée à aller découvrir en salles The Guilty, poussée par les critiques élogieuses, mon amour du cinéma danois et le choix de Jakob Cedergren dans le rôle principal. Habitué des rôles de policier (on l’a surtout vu en France dans la série suédoise Meurtres à Sandhamn) mais aussi des sujets lourds (Submarino), j’étais curieuse de découvrir sa prestation.

Je dois dire que l’acteur livre ici une performance assez impressionnante : constamment sous l’œil de la caméra, qui lui tourne autour, de dos, de face, en gros plan, il transmet une palette d’émotions allant de la camaraderie au remords, de l’angoisse profonde à la détermination, avec une remarquable économie de moyens. Peu de grands gestes (trois scènes impliquant un mouvement large sur 1h25 de film), beaucoup de gravité, c’est le cocktail qui permet de créer un personnage que le spectateur a envie de suivre alors qu’il ne sait pourtant presque rien de lui au début du film, qui démarre dans le vif du sujet, sans trop d’introduction.

Pour un premier long, on peut dire que Gustav Möller et son co-scénariste Emil Nygaard Albertsen ont fait preuve d’audace et d’une grande finesse dans l’écriture. Sur une intrigue qui aurait pu sembler relativement linéaire (le spectateur suit avec Asger l’enlèvement d’Iben et les recherches pour la retrouver), viennent se greffer des révélations inattendues, aussi sordides que choquantes, qui jouent avec les nerfs du spectateur. Le tout dans un huis-clos menaçant et malin : enfermé dans le centre où il travaille, Asger évolue durant tout le film entre deux pièces et un bout de couloir. Aucun flashback, aucune image de l’extérieur ne viennent apporter de bouffée d’air. Métaphore de l’impuissance, ce téléphone qui sonne en permanence, encore plus angoissant quand il reste silencieux, est le seul lien du policier avec l’affaire en cours, mais aussi avec le monde extérieur. Car quand le silence se fait (et la gestion de celui-ci est remarquable dans ce film quasi sans musique), c’est face à lui-même que se retrouve Asger, une situation pour lui plus difficile encore que de devoir gérer une affaire de drame familial.

Sur un concept que n’aurait pas renié Hitchcock, où le fait de ne rien voir amplifie l’imaginaire du spectateur et permet de mettre en scène hors-champ des horreurs difficilement montrables au cinéma, le film s’autorise à faire tomber les tabous grâce à un extraordinaire travail sur le son. Les bruits de la pièces apparaissent décuplés (l’effervescence d’un comprimé dans un verre), et ceux au bout du fil (la pluie, les essuie-glaces, les voitures) plutôt étouffés, pour créer une atmosphère tout en tension. Les voix sont également primordiales, et en particulier celle de la femme kidnappée (Jessica Dinnage, apparue récemment dans The Rain).

Le plus intéressant finalement, c’est la façon qu’a le réalisateur de jouer avec nos représentations pour composer des images mentales évolutives et nous mettre, comme Asger, face à nos erreurs de jugement, nos biais et notre faillibilité d’êtres humains. Comme un anti-Jusqu’à la garde, où le bénéfice du doute s’estompait pour révéler une situation de violence conjugale assez classique, The Guilty interroge la notion de coupable jusqu’au bout, laissant au spectateur le soin d’identifier peu à peu à qui s’applique le titre.

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