« Petite amie » : fille d’hier et d’aujourd’hui

pochette-album-petite-amiePortrait contrasté d’une femme des années 2010, le premier album de Juliette Armanet nous fait voyager dans un univers influencé par la tradition de la chanson française…

La première fois que j’ai entendu parler de Juliette Armanet, c’était à l’occasion de son duo « Corail » avec Julien Doré. Puis j’ai entendu quelques reprises de « L’amour en solitaire » dans des télécrochets et j’ai découvert sa traduction de « I feel it coming ». J’avais l’impression que tout le monde ne parlait que d’elle, mais il aura fallu sa reprise de « Y a pas que les grands qui rêvent » dans l’album Souvenirs d’été de Deezer pour que je me penche réellement sur son album.

Mélange d’ambiances et de rythmes, l’album alterne morceaux endiablés, dansants et énergiques (« Un samedi soir dans l’histoire », « L’Indien »…) et ballades douces et mélancoliques en piano-voix (« Sous la pluie », « L’accident »…). Côté voix, Juliette Armanet bénéficie d’une tessiture large, avec des aigus éthérés qui vont jusqu’à rappeler Mylène Farmer (le refrain de « Cavalier seule ») et des accents plus graves qui ne sont pas sans faire penser à Véronique Sanson (« Star Triste »).

Maline, l’auteur-interprète crée un univers hybride comme une synthèse des années 80 à nos jours, tant dans les mélodies et leurs arrangements que dans les thématiques abordées et leur style. Le résultat est particulièrement prenant, avec des titres qui trouvent une résonnance en chacun (en tout cas en chacune) et des airs qui restent en tête.

L’air de ne pas y toucher, lancées sur des mélodies parfois festives, les paroles n’en sont pas moins soignées et subtiles, affirmant avec force l’identité d’une jeune femme d’aujourd’hui. Une revendication très moderne d’indépendance féminine (« sans chercher jamais de garçon », clôture du titre « Cavalier seule ») côtoie des chansons d’amour plus classiques, dans la grande tradition de la chanson française (comme une France Gall par exemple). Ce n’est sans doute pas un hasard que la revendication émancipatrice « Cavalier seule » soit immédiatement suivie de la déclaration emphatique à « Alexandre » (« t’as beau être odieux, tu es mon Dieu »).

Ce qui se dessine au fil des 16 titres de l’édition « délice » de l’album, c’est un portrait faussement impudique d’une femme des années 2010, tiraillée entre indépendance et désir d’amour fou, force et sensibilité, joie de vivre et mélancolie, audace et classicisme, rêverie et réalisme.

Le disque se clôt sur un de ses titres à la fois les plus poétiques et les plus terre-à-terre, « Adieu Tchin Tchin », chanson de rupture idéale, et personnellement le morceau qui me bouleverse le plus. Avec élégance, la voix mi-travaillée mi-enfantine dresse le bilan honnête d’une relation qui s’achève non pas faute de sentiments mais parce qu’il n’« y a plus l’espace pour un happy ending ». Comme résignée à la violence d’une fin d’histoire, la chanteuse reconnaît ses torts et ce que l’autre lui a apporté, et nous offre cette métaphore qui suffit à justifier mon enthousiasme pour cet album de coming of age : « avant toi j’avais le cœur blond platine »…

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