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affiche-film-woman-at-warHalla est prof de chant, mais elle est aussi combattante. Contre un projet industriel qui menace de défigurer son pays, elle lutte avec les moyens du bord et la complicité d’un officiel du ministère…

Movie challenge 2018 : un film européen hors France

Présenté lors de la semaine de la critique à Cannes (il a reçu le prix SACD), le film de Benedikt Erlingsson m’avait séduite sur la base de quelques éléments épars : une héroïne, l’Islande, un film engagé. À part ça, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.

Et je pense que même si j’en avais su davantage concernant le scénario, j’aurais tout de même eu quelques surprises avec ce long-métrage étonnant qui mêle plusieurs thèmes forts et quelques idées tirant du côté de l’absurde pour proposer une sorte de conte philosophique des temps modernes mêlant réalisme et onirisme.

La « bizarrerie » la plus flagrante du film, c’est sans doute la gestion de la musique. En effet, la bande originale est interprétée par une petite formation de 3 musiciens qui apparaissent à l’écran, peu à peu accompagnés de 3 choristes en tenue traditionnelle ukrainienne. Ce procédé qui consiste à faire des musiciens des personnages à part entière avait déjà été expérimenté : je venais justement de découvrir Les Sentiments dans lequel le chœur tient un rôle assez similaire. Ici les instrumentistes représentent en quelque sorte le combat d’Halla pour la nature : la musique s’accélère au rythme du cœur tambourinant d’inquiétude de la militante lorsqu’elle risque d’être attrapée, puis se calme lorsqu’elle s’allonge le visage dans la mousse. Les choristes représentent le deuxième thème majeur du film, sur lequel la promotion du film a moins insisté : la famille.

En effet, si le film a clairement pour objet le militantisme écologique, le spectateur n’aura pas tant que ça de détails à disposition pour comprendre pleinement les tenants et les aboutissants de la guerre que livre Halla contre l’industrie islandaise. À peine perçoit-on qu’elle coupe l’électricité régulièrement pour dissuader les Chinois de signer un contrat avec une entreprise de son pays.

Car cette figure d’Artémis profondément amoureuse de la nature, qui lutte quasi seule (son allié lui apporte des informations mais aucun soutien logistique) n’est pas si isolée qu’on peut le croire au début du film : Halla se découvre par hasard un cousin éloigné qui lui sauve la mise à plusieurs reprises, elle a également une sœur jumelle prof de yoga aux préoccupations toutes spirituelles… et bientôt peut-être un enfant, lorsqu’elle apprend que la procédure d’adoption engagée 4 ans plus tôt pourrait aboutir.

En choisissant de ne pas dévoiler le passé de son héroïne, ni les détails de son combat, le réalisateur fait d’Halla (épatante Halldora Geirhardsdottir) une figure quasi mythologique, qui, comme dans les grandes tragédies de l’époque, doit choisir entre plusieurs combats, entre son désir de sauver les montagnes islandaises ou une petite ukrainienne.

Mené tambour battant, volontiers drôle (notamment avec la figure du touriste toujours au mauvais endroit au mauvais moment), touchant sur la fin, ce film qui flirte avec le symbolique et le dérangeant s’inscrit dans la lignée des grandes réussites nordiques, pas si loin d’un Ruben Östlund.

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