« L’extraordinaire voyage du fakir » qui s’était métamorphosé

affiche-film-lextraordinaire-voyage-du-fakirÀ la mort de sa mère, Ajatashatru dit Aja, fakir de son état, quitte l’Inde direction Paris pour essayer de retrouver son père. Il fait escale dans un magasin suédois dont les meubles le fascinent depuis l’enfance…

Il y a presque cinq ans, je découvrais le personnage du fakir au nom imprononçable avec joie, et je rencontrais Romain Puértolas pour ma toute première interview littéraire. Il était déjà question d’une adaptation au cinéma, et je voyais avec délectation le « film très réussi » qu’on pouvait espérer de l’écriture visuelle, presque cartoonesque, de l’auteur désormais à succès.

Il aura fallu près de 5 ans donc, et plusieurs péripéties pour que l’adaptation de Ken Scott sorte sur nos écrans, amputée de la fin de son titre. Plusieurs éléments me laissaient à penser que le film prendrait des libertés avec le livre, à commencer par le casting, et j’ai donc sciemment décidé de ne pas relire le récit avant, pour éviter de trop les comparer.

J’ai clairement bien fait, car je préfère être honnête : il ne reste presque rien du conte philosophique façon Candide dans le divertissement international. Physique et caractère des personnages, relations familiales, motivations, quasiment tout a changé. Exit le petit orphelin qui avait subi des violences sexuelles avant de devenir le fakir croulant sous les piercings. Exit la quadragénaire parisienne qui le draguait ouvertement à la cafétéria d’Ikea. Exit le chauffeur de taxi gitan et toute sa famille. Ne restent que les lieux de passage, les péripéties majeures et la morale de l’histoire.

Pour autant, pris en lui-même, le film n’est pas déplaisant. Difficile de résister au mini-Aja dont les péripéties rappellent Lion, au sourire communicatif de Dhanush et à son Bollywood endiablé avec Bérénice Béjo, aux blagues de Gérard Jugnot (dont le rôle est hélas réduit à peau de chagrin) et au numéro désopilant de Ben Miller. Certes, ce Fakir est une comédie dynamique avec de jolies trouvailles de mise en scène, dans lequel on retrouve le goût du réalisateur de Starbuck pour les histoires qui font mûrir leur héros. Familial, poétique et réjouissant, le film sera parfait pour les dimanches soirs devant un DVD, toutes générations confondues.

Il n’empêche, ce n’est pas l’adaptation que j’attendais. Lissé, lifté, rajeuni, ce fakir politiquement correct se contente d’effleurer la question des migrants que la plume parfois acérée (entre deux blagues) de Romain Puértolas n’avait pas peur d’affronter. Il m’a manqué les jeux de mots à n’en plus finir, les personnages profondément ambivalents, ce premier rôle féminin donné à une femme de quarante ans qui n’est pas une oie blanche, et même la réflexion sur l’éthique de l’écrivain. Américanisé jusqu’aux clichés sur « Paris la ville de l’amour », le film risque fort d’être oublié. Quand je pense que l’adaptation avait initialement été confiée à Marjane Satrapi, je ne peux qu’éprouver des regrets à l’idée de cette version qui ne verra pas le jour et aurait, peut-être, eu l’audace de ne pas garder que l’aspect feel-good du best-seller.

5 commentaires sur “« L’extraordinaire voyage du fakir » qui s’était métamorphosé

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    1. Oui du coup ! Mais peut-être que si tu vois le film d’abord tu le préfèreras. Perso quand je vois le film avant je préfère toujours le film, et quand je lis le livre d’abord je préfère le livre ! ^^

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