« Le monde sensible », cartographie du corps souffrant

lemondesensibleDelphine, géographe, aime l’exotisme, celui des océans qu’elle étudie et des hommes qu’elle fréquente. En chemin pour rejoindre Elvin, elle subit un terrible accident et se retrouve hospitalisée…

J’avais le livre de Nathalie Gendrot dans ma PAL depuis un moment, je ne sais plus vraiment depuis quand en fait, il fait partie de ces livres que j’ai récupérés je ne sais plus où ni comment, ni sans trop savoir pourquoi mon dévolu s’est porté sur eux à un moment donné.

Parfois nos choix de lectures sont guidés par des hasards étranges : à la faveur de travaux chez moi, j’ai dû déplacer ma bibliothèque rouge et donc la vider. Et ce livre s’est retrouvé au dessus d’une pile à un moment où je n’avais plus de lecture en cours.

Et le hasard fait bien les choses car ce fut une agréable parenthèse que cette découverte. Continuant ma série des romans aux sujets lourds (après Ce qui nous sépare et Tomber), Le monde sensible nous plonge dans la conscience troublée d’une femme qui se remet peu à peu d’un grave accident qui a failli la tuer ou la laisser paralysée. Et pourtant, en dépit de ce sujet terrible, le récit est constitué comme une bulle de poésie cotonneuse, quelque chose de flottant, ouaté, confortable.

C’est assez paradoxal et en même temps pas tant que ça. Delphine flotte entre deux eaux sous les effets de la morphine, et le style retranscrit avec brio cet état de latence dans laquelle se confondent éléments de réel et d’imaginaire, répliques crachotées par la télé de sa chambre d’hôpital, chiffres de la douleur, figures du personnel soignant et de ses songes. C’est l’occasion pour elle de cartographier non plus les eaux mais ses os, son corps, redéfini par la souffrance et l’insensibilité qui se le partagent.

Même si j’ai eu plus de mal avec les passages décrivant la vie de Delphine avant l’accident (pour le coup le manque de clarté et de repères se justifiait moins là à mes yeux), j’ai tout de même dévoré rapidement ce livre qui m’a vraiment surprise. Je m’attendais à quelque chose de très plombant, angoissant, et j’ai découvert une lecture poétique, fine, douce et presque lumineuse. Cela n’exclut pas les réalités douloureuses d’un quotidien de malade ou de blessé, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus marquée. Un peu comme Le scaphandre et le papillon, un des plus beaux cris d’amour à la vie qu’il m’ait été donné de lire, ce roman donne envie de pleinement ressentir son corps et le monde autour, mais aussi de se chouchouter, de ne pas trop se pousser au-delà de ses limites. Il y a dans le processus de convalescence une forme de sagesse qui consiste à ne pas en faire trop, à se contenter de vivre dans la douceur et le calme.

Émaillé de traits d’esprit, alambiqué et éthéré, le style de Nathalie Gendrot colle à son sujet de manière souple et fluide, et donne envie de lire ses prochains ouvrages.

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