« Call Me By Your Name » : ferveur et bienveillance

affiche-film-call-me-by-your-nameComme tous les étés, le père d’Elio, spécialiste de l’Antiquité, reçoit un doctorant pour l’assister dans ses recherches. En 1983 c’est Oliver, un Américain très à l’aise qui exerce rapidement sur Elio un mélange d’agacement et de fascination…  

Movie challenge 2018 : un film sensuel ou érotique

J’ai découvert l’existence de ce film il y a quelques mois, suite à une conversation avec mon père sur James Ivory, à qui l’on doit le scénario du film, adapté du roman d’André Aciman. De lui, j’avais beaucoup aimé Chambre avec vue, un film lumineux, plein de vivacité et de charme. J’étais plus réservée sur le choix de Luca Guadagnino à la réalisation, ayant moyennement apprécié A Bigger Splash que j’avais trouvé caricatural, malgré de très beaux plans et un montage soigné. J’espérais très vivement que Call Me By Your Name saurait ne garder que le meilleur de chacun.

Et c’est exactement ce que j’ai ressenti en découvrant le film. Illuminé par les magnifiques paysages italiens en plein soleil, ce récit d’une initiation amoureuse a des airs d’Un amour de jeunesse, avec son tempo alangui, ses plans d’eau où il fait bon se rafraîchir de ses émois, et ce côté oisif et contemplatif propre au cadre des vacances bourgeoises.

En dépit d’une forme de lenteur, je ne me suis pas un instant ennuyée, captivée par l’histoire qui se noue peu à peu entre les deux protagonistes. Le film doit beaucoup de son intensité à ses deux acteurs principaux, qui composent des personnages extrêmement touchants et délicieusement imparfaits. L’Américain Oliver (Armie Hammer) m’a tout d’abord paru insupportable avec son côté très sans-gêne. Sa façon cavalière de prendre congé (« later ! ») n’est qu’un exemple d’un comportement d’assurance exaspérante. Mais petit à petit, il devient plus attachant, en particulier dans sa volonté de ne pas faire de mal à Elio (Timothée Chalamet). Celui-ci est un des personnages d’adolescents les plus délicats que j’ai pu observer. À la fois intellectuel et sensible, passionné de musique et grand lecteur, il compense ses passe-temps d’adulte par un côté très enfantin qui se perçoit dans son rapport à ses parents et dans sa façon de bouger, avec des mimiques et des déplacements de farfadet. Le film a su parfaitement capter à travers lui le mélange de gravité et de légèreté typique de cet âge.

La relation qui naît entre Elio et Oliver est sublimée par la façon dont elle est présentée. Rien n’est jamais malsain, la sensualité et l’érotisme ont quelque chose de pur car toujours empreint d’émotion. Le cadrage et le montage sont d’ailleurs assez pudiques, jusqu’à en être frustrants pour le spectateur (par exemple en détournant la caméra vers l’arbre qu’on aperçoit par la fenêtre). Même la fameuse scène de la pêche m’a paru finalement assez fine et surtout caractéristique de la capacité du film à changer d’humeur en quelques instants. Ce passage est d’une grande acuité sur l’adolescence, cet âge de la découverte du corps et du plaisir, de la curiosité et de l’exploration. À la sensualité succède une dimension comique qu’anticipe le spectateur, puis le jaillissement inattendu de l’émotion.

On m’a dit que le film manquait de fièvre, ce qui m’a fait bondir. Mais en fait, à bien y réfléchir, il s’agit davantage de ferveur : un amour mêlé d’admiration et d’une forme d’ardeur quasi religieuse (ce ne sont pas les références bibliques des morceaux de Sufjan Stevens, les magnifiques « Mystery of Love » et « Visions of Gideon », qui me contrediront). Bien qu’assez bavard et intellectuel dans ses scènes de groupe (le plaisir des références poétiques, étymologiques, musicales et des dialogues multilingues n’est d’ailleurs pas pour rien dans mon engouement), le film sait se passer de grands discours entre ses protagonistes lorsque l’expressivité d’un regard, d’un demi-sourire, suffit à transporter le spectateur.

Surtout, ce qui m’a totalement bouleversée, c’est la bienveillance qui ressort de ce long-métrage. On a l’impression que la caméra aime ses personnages, même si elle s’amuse à les taquiner, à montrer leurs petites faiblesses, leurs ridicules aussi (la façon de danser des années 80, hum…). Cette bienveillance est également portée par les personnages secondaires, sans lesquels le film n’aurait pas la même aura. Les parents d’Elio sont des modèles de parentalité, présents sans être envahissants, compréhensifs, empathiques et ouverts d’esprit, comme le prouvent les paroles du père à la fin, dans un des moments les plus forts du film. Rarement une relation homosexuelle aura été considérée avec autant de normalité dans une famille de fiction, et c’est absolument rafraîchissant, même si on voit qu’en public une réserve demeure et que l’on comprend à demi-mots que l’entourage d’Oliver serait nettement moins favorable.

Je voudrais terminer cette (longue) chronique avec un mot pour Marzia (Esther Garrel), qui n’a certainement pas le rôle le plus facile. Même si le film consacre assez peu de place au développement de son caractère, sa dernière apparition est l’occasion pour elle de faire preuve d’un grand courage et d’une grande élégance pour une si jeune fille, ce qui m’a profondément émue.

Vous l’aurez compris, ce film m’a chamboulée, et je sais que je ne suis pas la seule. Exaltée à la sortie de la séance, j’ai constaté que l’écho de Call Me By Your Name restait vivant en moi. Inexplicablement, le film m’a insufflé de sa ferveur et de sa bienveillance. Alors pardon d’insister pour que vous alliez le voir si ce n’est déjà fait, mais si ne serait-ce qu’une seule personne pouvait éprouver ce même élan positif, il me semble nécessaire d’y contribuer.

logo-movie-challenge-nblc

Publicités

27 commentaires sur “« Call Me By Your Name » : ferveur et bienveillance

Ajouter un commentaire

  1. J’ai vu le film dernièrement et je trouve cette critique très juste, c’est un très beau film romantique, poétique, les personnages sont très attachants. Le plus difficile fut de sortir de la salle et de revenir dans la cohue citadine. Merci beaucoup pour cette belle critique 🙂

  2. Très beau film….
    Le discours final du père est magnifique (je n’ai pas lu le livre), les images d’une grande beauté et les acteurs juste excellents.😍🙂 J’ai moi aussi beaucoup aimé

        1. En général pour les adaptations quand j’ai lu le livre en premier je peste contre le film et quand j’ai vu le film d’abord je suis déçue du livre. ^^

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :