« Les vacances du petit Renard » : rêver, c’est ce qu’il y a de plus beau

couverture-livre-les-vacances-du-petit-renardPaul Renard, tout juste 14 ans, vient passer l’été dans la maison de vacances familiale avec ses parents, sa petite sœur et sa tante Béné. Celle-ci a invité un ami, Hervé, qui plaît d’emblée beaucoup à Paul… 

On a pas mal parlé de ce livre parmi les sorties de la rentrée, en tout cas suffisamment pour que je l’aie repéré, en même temps qu’il générait chez moi un certain agacement. Le côté sulfureux de l’histoire était mis en avant dans les critiques que j’ai survolées et je me suis alors demandé si, au-delà du poncif, il n’y aurait pas autre chose à retirer de cette lecture.

C’est sans doute par esprit de contradiction que je l’ai sélectionné lors de la Masse critique Babelio. Et aussi parce que j’avais appris que l’auteur, Arthur Cahn, sortait de la Fémis et vient de remporter le prix Télérama pour son court-métrage Herculanum. Je suis avec un grand intérêt les films des promos récentes de la Fémis car je trouve qu’ils apportent un renouveau bienvenu au cinéma français. Mais côté littéraire, ça donne quoi ?

Autant expédier d’emblée toute la thématique amoureuse et sexuelle. Pour moi ce n’est pas très novateur, des récits sur la découverte de l’amour à l’adolescence, il y en a des tas, et parfois de très bon (je pense notamment à Treize d’Aurore Bègue, un de mes livres préférés de ces dernières années). La particularité des Vacances du Petit Renard est de ne mettre en présence que des protagonistes homosexuels, les autres personnages restant très secondaires. Dans le périmètre de la propriété des Renard naviguent donc Paul, 14 ans, épris d’Hervé, 45 ans, qui lui-même s’intéresse vaguement à Arnaud, 19 ans, lui-même amoureux de Paul. Vous avez suivi ?

Je ne m’étendrai pas sur toute la partie de l’intrigue autour de l’appli Grindr, parce que je ne trouve ça ni spécialement choquant ni fondamentalement captivant. L’intérêt premier d’avoir introduit ce sujet dans le texte, hormis l’ancrage dans notre époque, c’est le ressort narratif que cela permet : Paul, en s’inventant de multiples identités, parvient à discuter avec Hervé pour mieux le connaître. On voit d’ailleurs venir d’assez loin où cela va mener.

J’ai l’air blasée et pourtant non. Car j’ai bien aimé cette lecture, et pour une raison que, je trouve, on n’a pas assez mise en avant. En suivant un personnage d’ado de 14 ans, je m’attendais totalement à ce qu’il soit question de pornographie, de réseaux sociaux, etc. Je m’attendais aussi à découvrir un jeune homme qui aurait pour loisirs le sport ou les jeux vidéo, mais c’est là que je me suis laissée surprendre. Paul n’aime rien tant que lire dans sa chambre ou se promener dans la nature, et ces deux éléments s’infusent mutuellement à l’aune de sa sensibilité. Paul est un vrai romantique, au sens le plus littéraire du terme. Il ressent les impressions sensorielles produites par la nature (et l’homme fait partie des éléments naturels) avec une forme d’acuité lyrique rare pour un adolescent, et cela lui inspire des descriptions délicieuses, parfois un peu trop exaltées comme le texte qu’il écrit après l’orage. Mais qu’importe, son goût pour les mots, qu’il répète comme on savoure une friandise, son regard qui se perd dans la contemplation du vert des feuillages comme du grain de la peau d’Hervé, tout cela rend Paul touchant et lui donne une vraie personnalité, ce qui sauve le récit d’une chronique trop crue et banale.

babelio

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