« Jusqu’à la garde » : mensonge et harcèlement

affiche-film-jusqu-à-la-gardeMiriam et Antoine divorcent. Leurs enfants ne veulent plus voir leur père, mais la juge décide que Julien, 11 ans, passera un week-end sur deux avec Antoine…

Movie challenge 2018 : un film primé à Berlin ou Venise

Pour son premier long-métrage, Xavier Legrand s’appuie sur son court multiprimé, Avant que de tout perdre, reprenant les mêmes personnages dans ce qui semble être la suite de l’histoire. N’ayant pas vu ce court-métrage et ne sachant pas quel en était le sujet, j’ai découvert Jusqu’à la garde avec une approche bien différente des spectateurs prévenus.

En effet, pour celui ou celle qui débarque sans trop d’indices face à ce film, celui-ci se présente d’abord comme une sorte de poker menteur. Face à la juge, Miriam, Antoine et leurs avocats défendent des versions opposées de leur situation. Le témoignage de Julien est formel, il ne veut plus voir son père qu’il appelle désormais « l’autre ». Alors, a-t-on affaire à un homme violent et inquiétant comme le clame Miriam ? Ou bien a-t-elle monté les enfants contre leur père comme il l’affirme ?

Ultra réaliste dans sa mise en scène, le film se focalise sur Julien et ses allers-retours entre la maison de ses grands-parents maternels, celle de ses grands-parents paternels où il passe des week-ends avec son père puis le nouvel appartement qu’il occupe avec sa mère et sa sœur. Pourtant, même si on suit Julien, difficile de saisir ses sentiments. Le petit garçon parle peu, et semble jeter de l’huile sur le feu en mentant continuellement à ses deux parents ou en provoquant son entourage.

Mais peu à peu, au fur et à mesure que les adultes se dévoilent, on comprend mieux le comportement de Julien et les tenants et aboutissants du problème (qu’auront déjà saisi ceux qui auraient vu le court-métrage). Le film bascule alors de la chronique sociale au thriller psychologique tout en tension, jusqu’à l’anniversaire de Joséphine. Personnage assez secondaire durant tout le film, la jeune fille (Mathilde Auneveux, qui fait plus que les 17 ans du personnage) incarne parfaitement l’angoisse montante lorsqu’elle interprète « Proud Mary ». C’est la scène charnière qui ratatine le spectateur au fond de son siège, persuadé soudain que tout ne peut que mal finir.

Narrativement très bien mené avec sa façon de distiller peu à peu les informations sur ses personnages, le film de Xavier Legrand est étonnement maîtrisé pour un premier long et ne s’empêtre jamais dans son sujet si lourd. Il doit beaucoup à la prestation impeccable de ses interprètes : Léa Drucker, qui tient sans doute ici son rôle le plus subtil et surtout Denis Ménochet, impressionnant par sa capacité à incarner à la fois la fragilité et le danger.

Dès ce mois de février, on tient sûrement l’un des films français les plus forts de l’année. La Mostra de Venise ne s’y est pas trompé en lui décernant deux Lions d’Argent (mise en scène et premier film).

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