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couverture-livre-ma-reineShell, douze ans, travaille dans la station-service tenue par ses parents depuis qu’il a arrêté l’école, faute de réussir à suivre. C’est l’été 1965, et persuadé qu’on va l’emmener loin de ses repères, le jeune garçon décide de partir pour la guerre…

Le premier roman du réalisateur Jean-Bapiste Andrea, dont je ne connaissais pas les films, a su se faire une place de choix dans la rentrée littéraire de septembre, raflant le Prix du Premier Roman, le Prix Fémina des lycéens et le Prix envoyé par la Poste. C’en était assez pour piquer ma curiosité. En effet, lorsque j’ai initié un partenariat avec les éditions L’Iconoclaste, qui publiait ce récit en septembre, j’ai choisi de privilégier Neverland car j’étais curieuse de découvrir la plume de Timothée de Fombelle hors de la littérature jeunesse. Par la suite j’ai un peu regretté de n’avoir pas également demandé Ma Reine. Heureusement, je l’ai trouvé par hasard dans la médiathèque de mon enfance durant les vacances et j’ai donc passé Noël en compagnie de Shell.

Et je suis ravie de cette découverte tardive car il aurait été vraiment dommage que ce livre manque à ma sélection de la rentrée de septembre, puisque, comme vous avez pu le voir il y a quelques jours, il a fait partie de mes coups de cœur de l’année.

Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé le style qui nous plonge dans les pensées de ce jeune garçon si particulier, qui semble souffrir d’une déficience intellectuelle qui l’empêche par exemple de savoir lire ou de faire preuve de la même logique que son entourage. Cependant on découvre bien vite chez Shell d’autres aptitudes hors du commun : une grande sensibilité, un certain courage, une volonté et une abnégation qui n’ont d’égales que la vénération qu’il voue à la petite Viviane, sa Reine.

J’ai adoré l’ambiance du récit, sur un plateau écrasé du soleil estival, au milieu des champs et des troupeaux de mouton, dans un décor et une époque qui m’ont fait pensé aux récits autobiographiques de Marcel Pagnol. Et quand Shell rencontre Viviane, comme une apparition surnaturelle, et qu’elle l’entraîne dans un jeu qui fait d’elle la chef de toutes leurs aventures, j’ai eu l’impression de revoir la rencontre du petit Marcel avec la belle et cruelle Isabelle. Pour moi ce roman est vraiment comme une réécriture de cette amitié bancale où le garçon est dominé par une petite fille manipulatrice qui n’a pas conscience des dégâts qu’elle peut causer.

Sauf que les personnages de Jean-Baptiste Andrea sont plus complexes et torturés que ceux de Pagnol, et que l’ombre tragique du Malocchio, sorte de génie du mal, plane sur le destin de Shell. Il en résulte un récit puissant et addictif que j’ai dévoré, à la fois sombre et solaire, poétique et très ancré dans le réel, fable initiatique et témoignage d’un milieu social défavorisé où un enfant différent est considéré comme un fardeau. Et puis il y a le personnage de Matti le berger qui recueille le gamin égaré et n’est pas sans faire penser à la fois à la loyauté d’un Gabriel Oak et à la générosité d’un Jean le Blanc dans Le Camp des autres. Le roman de Jean-Baptiste Andrea n’est d’ailleurs pas sans faire penser à celui de Thomas Vinau dans le choix de suivre un laissé-pour-compte qui devient pleinement lui-même au contact de la nature et d’autres parias.

Un premier roman bouleversant, très abouti, dont le succès international est pleinement mérité. Une adaptation façon Jack et la Mécanique du cœur, onirique et visuellement ambitieuse, serait la bienvenue.

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