affiche-film-colonia1973, Lena, hôtesse de l’air, file le parfait amour avec Daniel, photographe allemand installé au Chili, qui dessine des affiches pour soutenir Allende. Lorsque Pinochet arrive au pouvoir, Daniel est arrêté et emmené dans la mystérieuse Colonia Dignidad…

 Movie challenge 2017 : un film policier ou thriller

Faute de temps, j’avais manqué Colonia en salles, il faut dire qu’il n’y est pas resté bien longtemps. Je dois dire que je m’interroge sur ce phénomène de multiplication des films, qui laisse à chacun d’eux très peu de chance de rencontrer son public sur grand écran. Heureusement, le merveilleux service de VOD de ma médiathèque m’a permis de rattraper ce film.

Dès le générique couplant images d’archives au magnifique Ain’t no sunshine de Bill Withers, je me suis plongée dans l’ambiance, celle d’une jeunesse engagée, qui prend fait et cause pour la liberté d’un pays qui l’a adoptée. Daniel a beau n’être au Chili que depuis quatre mois, on sent que son engagement est sincère, et cela rend le personnage immédiatement sympathique. Quant à sa compagne, Lena, elle est d’abord moins impliquée politiquement, souhaitant surtout pouvoir vivre pleinement son histoire avec Daniel. Mais dès lors que les choses se gâtent et que le photographe est arrêté, la jeune femme révèle son vrai tempérament. J’ai adoré la façon dont le film renverse le schéma classique du preux chevalier volant au secours de la demoiselle en détresse. Ici, c’est l’homme qui semblait plus assuré et volontaire qui se retrouve en danger de mort, et la frêle jeune femme qui devient une battante, prête à braver tous les risques pour retrouver l’homme qu’elle aime. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’amour donne des ailes, vu tout ce qu’elle va devoir affronter !

Outre la romance, qui permet d’accrocher le spectateur au destin de ces deux êtres d’exception, le film cherche à mettre en lumière des faits réels : la Colonia Dignidad a véritablement été le lieu de torture et de détention de prisonniers politiques sous Pinochet, mais également de simples habitants, venus rejoindre la secte dirigée par Paul Schäfer (le Suédois Michael Nyqvist, absolument effrayant) et forcés d’y rester ainsi que leurs descendants. Le film va crescendo dans la révélation du fonctionnement de la colonie et des horreurs qui y sont perpétrées, prenant à la gorge le spectateur.

Je ne m’attendais pas à ce que le sujet soit traité sous un angle si angoissant, digne des meilleurs thrillers. Passée la première demi-heure de film, rares sont les moments de répit durant lesquels je n’ai pas craint pour la vie des deux protagonistes, et cette tension permanente ne faiblit pas, jusqu’aux dernières secondes du film. Florian Gallenberger a pris pour ce film historique un parti qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, celui de suivre deux personnages fictifs et de faire de leur survie la question essentielle de son long-métrage. Personnellement, il n’y a rien de tel que la petite histoire pour me faire entrer dans la grande (comme dans Pearl Harbor par exemple). Et quand le couple qu’on suit est incarné avec brio par deux grands acteurs tels que Daniel Brühl et Emma Watson, je ne peux qu’être convaincue. Tous deux trouvent ici des rôles complexes, insistant à la fois sur la pureté et la luminosité de leurs sentiments, mais aussi sur la duplicité et la dureté dont ils doivent faire preuve pour espérer s’en sortir.

Un film vraiment très réussi et très prenant !

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