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affiche-film-poulet-aux-prunesNasser Ali, célèbre violoniste, est désespéré car son instrument est cassé. Il décide alors de se laisser dépérir, et, en attendant la mort, se souvient des moments marquants de sa vie…

Movie challenge 2017 : un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion 

J’avais repéré ce film lors de sa sortie, en 2011, et j’avais failli aller le voir au cinéma mais finalement cela n’avait pas pu se faire. Et à vrai dire cela faisait tellement longtemps que j’avais oublié pourquoi j’avais eu l’intention de le découvrir. Je ne fais pas partie des fans absolus de Marjane Satrapi ; d’elle, je n’ai vu que The Voices, et j’ai admiré la performance même si le film était un peu trop violent pour moi.

Je crois que c’est avant tout l’image « univers bizarre » que j’associe à cette réalisatrice qui m’a donné envie de me plonger dans Poulet aux prunes, des années après. D’emblée, j’ai compris que de ce point de vue, je n’allais pas être déçue. Les images, le rythme, les couleurs composent un univers extrêmement réfléchi et particulier, cohérent, un peu comme chez un Wes Anderson dont la patte est si reconnaissable. Mais j’ai préféré l’univers de Satrapi, à mes yeux plus onirique et poétique.

Il y aurait beaucoup à dire si je voulais analyser tous les effets et procédés cinématographiques employés pour charmer le spectateur transporté en Orient. Mais j’ai surtout retenu des trouvailles telles que le passage au film d’animation pour une brève séquence, le générique en ombres chinoises façon Princes et princesses et la représentation de l’ange de la mort. L’ensemble constitue une fresque non-chronologique qui retrace la vie de Nasser Ali et de sa famille en s’appuyant sur les moments marquants de leurs existences.

Le casting est particulièrement soigné : on retrouve dans le rôle principal Mathieu Amalric, dont j’écrivais il y a quelques mois qu’il se plaisait dans les rôles d’« épaves », et je ne croyais pas si bien dire, puisqu’il incarne ici un homme désabusé, désespéré, qui n’a qu’une idée en tête : se laisser mourir. Nasser Ali n’est pas particulièrement sympathique au premier abord, puisque nous le découvrons rude envers son entourage, peu attentif à ses enfants, hargneux envers sa femme, obsédé par son violon cassé. Sa mollesse et son aigreur pourraient rester un repoussoir, mais lorsque l’on découvre ses années de jeunesse, on replace sa situation en contexte et peu à peu, le spectateur en vient à éprouver une forme d’empathie pour cet homme qui n’a pas vraiment eu le choix de mener la vie dont il aurait rêvé avec la femme qu’il avait choisie.

Si le titre du film peut paraître anecdotique, il incarne en fait le couple Nasser-Faringuisse (Maria de Medeiros), qui représente l’Iran de l’époque, avec ses contraintes sociales et ses normes. C’est mine de rien un film presque politique que livre Marjane Satrapi, en tout cas un témoignage des mœurs iraniennes des années 1950.

Un film étrange et beau, plein de mystère et d’émotions, mais aussi de rire.

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