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couverture-livre-comment-vivre-en-herosTristan Rivière, conditionné par son prénom chevaleresque et son père communiste, voudrait être un héros. Mais lorsque son entraîneur de boxe se fait tabasser dans un métro, il s’enfuit…

La sélection élaborée par PriceMinister et ses marraines pour les Matchs de la Rentrée Littéraire 2017 était fort alléchante, et malgré ma pile de romans de la rentrée, j’ai été tentée. J’ai hésité entre plusieurs livres mais le titre de celui-ci m’a spécifiquement intriguée.

Alors, le pavé de Fabrice Humbert est-il à la hauteur de son titre ? Comme les 38 secondes décisives dans la vie de Tristan Rivière, cette question engendre trois chroniques possibles

Chronique n°1 : Comment vivre en héros ? interroge le titre de Fabrice Humbert et c’est en effet la question qui sous-tend tout le roman. L’auteur se confronte au sujet qu’il s’est imposé, l’héroïsme, en jetant ses personnages dans le monde d’aujourd’hui, façon Kundera. On ne pourra pas lui reprocher d’avoir éludé son sujet, véritable fil rouge du récit. Tristan Rivière est, plus qu’un personnage de fiction, un ego expérimental réaliste. Influencé par son époque, son milieu social et celui des gens qu’il rencontre (en particulier Marie, sa future épouse), Tristan est le produit de son prénom et des attentes que tous projettent sur lui. Dans une société désenchantée qui a jeté l’héroïsme des chevaliers aux oubliettes, et dans laquelle la nouvelle figure du héros s’apparente à Spiderman, l’étudiant mal-aimé de ses pairs auxquels ses pouvoirs offrent une possibilité de rachat, Tristan, comme après lui son fils Alexandre, se débat avec ses valeurs morales qui lui tiennent lieu d’étendard dans une quête finalement plus banale et évidente : celle de la reconnaissance.

Chronique n°2 : La vraie question n’est-elle pas : Pourquoi vivre en héros ? Finalement, ce qui meut Tristan, c’est son rapport à un père exigeant et arc-bouté sur un idéal communiste, puis, celui-ci décédé, son besoin de reconnaissance sociale. La fierté qu’il n’a pas trouvée dans le regard de son géniteur, il la déniche dans les yeux de Marie lorsqu’il la sauve, et la cherchera ensuite chez son beau-père en acceptant de se lancer en politique. Le livre s’interroge ainsi sur la façon dont, aujourd’hui, chacun cherche à se conforter en tant qu’individu dans le regard d’autrui. Ce sont souvent des choix professionnels qui sont mis en avant dans le récit, et le roman devient la chronique d’une famille explorant toutes les pistes dans une quête de grandeur : le sentiment d’utilité des fonctionnaires, vite désabusés, l’entrée en politique au service de ses concitoyens, qui cède tôt ou tard la place à la passion du pouvoir, la tentation de l’armée comme cadre strict et nouvelle famille, ou de l’argent comme valeur supplantant les valeurs morales souvent peu considérées par la société. D’une génération à l’autre, et en incluant les personnages secondaires, l’auteur en profite pour porter un regard critique sur les différentes branches professionnelles, dont aucune ne semble épargnée. Quel que soit le choix de carrière initial, aucune ne semble propice à l’expression des valeurs de l’héroïsme. Mais alors, si tout est joué, qu’importe le choix ?

Chronique n°3 : Plus qu’un roman sur l’héroïsme, le livre de Fabrice Humbert détourne la question : Pouvons-nous choisir de vivre en héros ? Car ce qui frappe dans le récit, c’est la mise en parallèle des vies possibles de Tristan, puis, peu à peu, de chacun des personnages du récit. Au fur et à mesure qu’il se déploie, celui-ci renonce à l’idée des 38 secondes fondatrices au profit d’une vision du choix comme contingence. La vie des personnages avec ses réussites et ses échecs, apparaît comme une suite de possibles réalisés, mais parfois malgré eux. En dépit de toute la bonne volonté du monde, quelque chose nous échappe, qui finit par être identifié par le Tristan vieillissant et déprimé comme un sortilège vaudou. Mais point n’est besoin d’avoir recours à la magie pour comprendre la fragilité des choix de vie humains et la puissance du hasard, qu’il place sur la route d’Alexandre un soldat mesquin et violent ou remette sur celle de Tristan son amour de jeunesse à l’heure de la crise de la cinquantaine. Et pourtant, peut-on s’interroger : s’il en avait été autrement, le résultat n’aurait-il pas été le même ? Le lecteur n’avait-il pas pressenti qu’en dépit des valeurs qu’il professe, ou peut-être justement à cause d’elles, Tristan finirait par tromper sa femme comme la majorité des hommes de son âge avec un peu de pouvoir, pas mal d’usure et pas assez de recul ? Le fragile Alexandre aux prises avec son bégaiement et l’imposante figure paternelle ne semblait-il pas un candidat parfait pour des événements dramatiques ? C’est dans l’absence de surprise de son dénouement que le récit confirme cette prise de position : quoi que l’on fasse, tout nous échappe, et nous ramène à ce qui semblait évident. Si Tristan Rivière a pu commettre des actes héroïques, c’est donc, plus qu’un choix personnel, une réponse à un conditionnement. Pas de quoi le mettre sur un piédestal donc, ce qu’il aura lui-même fini par comprendre.

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