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lecampdesautresGaspard fuit dans la forêt avec son chien blessé. Il sait qu’il ne pourra pas revenir en arrière. Attaqué par un loup, il est recueilli par Jean-le-blanc, qui connaît les secrets des plantes de la forêt…

Depuis le temps que je suis la maison Alma, il était temps que je me familiarise avec la plume de Thomas Vinau, l’un des tout premiers auteurs repérés par cet éditeur. À la fois romancier et poète, mais aussi blogueur, l’auteur aux multiples casquettes m’avait déjà intriguée avec ses précédents titres mais je n’avais pas encore eu l’occasion de me plonger dans ses textes.

Avec Le Camp des autres, récit inspiré par un fait historique réel, le démantèlement d’une bande de brigands nommée « La Caravane à Pépère » par les premières Brigades du Tigre, je ne me suis sans doute pas attaquée au récit le plus proche de mes goûts de lectrice. En effet, ni les romans historiques, ni ceux d’aventure ou de brigands ne me passionnent habituellement. Et de fait, j’ai surtout suivi avec attention les péripéties de Gaspard durant la première moitié du récit, avant que sa route ne croise celle de la fameuse caravane.

j’ai apprécié le lien fort unissant l’enfant à son chien, puis la façon dont les deux se laissent apprivoiser par Jean-le-blanc, figure intrigante de la forêt, mi-sorcier mi-apothicaire. Surtout, je me suis laissée emporter par la musique d’un texte très travaillé, éminemment poétique, qui fait de la forêt le personnage central de ses plus belles pages.

Par la suite le récit se rapproche du roman d’apprentissage aux côtés des bohémiens et repris de justice qui composent la troupe de Capello. Je n’ai pas partagé la fascination de Gaspard pour Sarah la prostituée et ses compères, même si j’ai bien apprécié la scène d’apparition des Brigades du Tigre.

Ce qui m’a vraiment séduite dans ce livre, plus que l’histoire qu’il raconte, c’est le postulat engagé de son auteur. Et en particulier ce passage, où Capello conseille Gaspard : « Si quelqu’un par un beau jour te dit que tu ne vaux rien dis-toi qu’il te veut à son service et quand tu le croiras tu seras son esclave. Tu sais ce que nous avons tous en commun ? Nous sommes des fuyards debout. C’est le Non qui nous tient. » J’ai trouvé ce passage à la fois très beau, très vrai et je n’ai pu m’empêcher de le trouver bien moderne (la mention des fuyards debout, sans doute…). J’ai aimé que, mine de rien, le livre se serve d’un événement du début du XXe siècle pour nous faire réfléchir sur notre condition aujourd’hui, sur la servitude volontaire et la capacité à dire non et à rester libre. On sent bien que l’auteur sympathise avec ces malandrins pas bien méchants qui ne demandent qu’à vivre à l’écart d’une société qui n’avait pas prévu de place au soleil pour eux. Chacun accueillera cette prise de position avec son propre point de vue. Pour ma part je l’ai trouvée salutaire. Alors merci, monsieur Vinau, pour ce beau texte sur les laissés-pour-compte.

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