« Ballerina », c’est bien joli mais ça m’énerve

affiche-film-ballerinaFélicie, jeune pensionnaire d’un orphelinat, rêve de devenir danseuse étoile à Paris. Avec son meilleur ami Victor, inventeur en herbe, elle s’enfuit et débarque à l’Opéra, où elle rencontre une femme de ménage, Odette…

J’avais repéré Ballerina dès sa sortie et j’en avais aperçu une bande-annonce qui m’avait donné envie d’en voir plus. Un film sur la danse, mettant en scène une petite orpheline rousse rappelant Anastasia, l’un de mes dessins animés favoris de tous les temps, voilà qui me semblait plutôt de bon augure. J’imaginais déjà une jeune fille déterminée à accomplir ses rêves en dépit des obstacles, bref la parfaite héroïne pour les petites filles d’aujourd’hui.

Alors, effectivement, Félicie est sympathique, très mignonne comme l’ensemble des graphismes, vraiment de très bonne facture. Le film m’a complètement emportée visuellement, avec un bel univers, aux décors riches, des personnages expressifs et un rythme enlevé dès les premières minutes. J’ai aimé les scènes d’audition à l’Opéra, les tutus, le parcours de l’héroïne, et surtout l’entraînement original auquel la soumet Odette, sa prof particulière improvisée. J’ai adhéré au style de danse de Félicie, mélange de classique et de danse bretonne, et en particulier à la chouette chorégraphie qu’elle effectue dans la taverne. Côté « film de danse », je trouve que le contrat est rempli, même si j’en aurais voulu encore plus. Je trouve que les très bonnes scènes du film passent un peu vite, mais je peux comprendre que, visant un public enfantin qui se lasse vite, il ne faille pas risquer la baisse de régime.

En revanche, côté « héroïne idéale des petites filles d’aujourd’hui », j’ai été carrément déçue. En fait, très vite, le film a commencé à m’agacer. Le premier reproche que j’ai envie de faire aux scénaristes, c’est la relation entre Félicie et son ami Victor. Dès le début, Félicie semble avoir perpétuellement besoin de son ami, pourtant présenté comme un balourd maladroit. N’empêche, sans Victor, pas d’évasion, pas d’école de danse à Paris, puisque c’est lui qui découvre l’existence de l’Opéra grâce à une carte postale sortie d’on ne sait où. Et dès que les deux enfants sont séparés accidentellement, c’est Félicie qui s’exclame « ne me laisse pas toute seule ». Là, déjà, ça partait très mal pour moi. Pourquoi une jeune fille déterminée et futée comme elle aurait-elle à ce point besoin d’une présence masculine pour atteindre ses objectifs ? Par ailleurs, Victor lui ne semble pas avoir besoin de son amie pour accomplir ses projets. En revanche, bien entendu, pour justifier qu’il vienne régulièrement lui sauver la mise, les scénaristes ont trouvé une explication parfaite… évidemment Victor est un peu amoureux de la jolie Félicie. Alors là, ça continue encore plus mal. Pourquoi introduire un aspect romantique dans le film ? Cela ne me semblait absolument pas indispensable : on peut être là pour quelqu’un et lui rendre service par pure amitié, d’autant plus quand on est amis depuis toujours, non ? Par ailleurs Félicie se pâme devant un danseur russe absolument insupportable, qu’elle semble premièrement prendre comme le bellâtre qu’il est, avant de tomber mystérieusement sous le charme. J’ai trouvé l’héroïne encore plus décevante à ce moment, elle qui semblait au moins maline au début.

Si mon côté féministe a été passablement énervé par la représentation des rapports garçons-filles promue par le film, je n’ai pas été tellement plus convaincue par le message sur la réalisation de ses rêves. Félicie entre à l’Opéra en trichant, plus exactement en volant la place d’une autre, ce qui ne va finalement pas vraiment lui porter préjudice. Et si on voit bien qu’elle s’entraîne pour progresser, sa progression est tout de même beaucoup trop fulgurante pour être réaliste. Je m’interroge donc sur ce que les enfants vont retenir : qu’on peut tricher pour réussir ? Qu’un peu d’efforts paie forcément vite ?

Je passe sur des détails comme le fait de diffuser une musique moderne pendant la scène de Casse-Noisette (d’ailleurs la chorégraphie ne peut pas non plus correspondre à ce ballet), et sur le choix des voix qui m’ont paru trop adultes pour les personnages.

Bref, Ballerina, c’est visuellement très joli, mais je m’étonne qu’on puisse sortir un tel film en 2017, pendant que Disney s’efforce de progresser dans le traitement des héroïnes avec La Reine des neiges ou Vaiana.

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13 commentaires sur “« Ballerina », c’est bien joli mais ça m’énerve

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    1. Je connais pas mal de gens qui l’ont bien aimé sans voir ce qui me dérange dans le film, mais bon, nous qui avons des sensibilités féministes, forcément c’est plus compliqué de l’apprécier !

  1. La bande-annonce me donnait très envie de le regarder. Un dessin animé avec la danse comme leitmotiv, c’est vraiment un dessin animé qui a toutes ses chances avec moi. Par contre, maintenant que j’ai lu ta chronique, je réalise que l’héroïne a également de grandes chances de me taper sur le système. C’est vraiment agaçant ce besoin de créer un personnage masculin qui viendrait sauver à chaque fois la demoiselle en détresse…

  2. Je n’étais pas trop tentée, mais là encore moins ! Je pardonne les archaïsmes de vieux films ou animés, mais ça me parait plus compliqué avec les nouveautés ! Dommage quand même, car mon fils adore ce genre d’histoires.

  3. Je passe mon tour après avoir lu ta chronique. J’adore les films d’animation mais je n’en peux plus de cette représentation de la fille/femme, obligée d’avoir un garçon à ses côtés ou de tomber amoureuse. Je sens que ce film va me frustrer, je vais m’épargner ça x)

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