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affiche-film-graveJustine, comme ses parents, est végétarienne et respectueuse des animaux. Elle entre donc en école vétérinaire et y retrouve sa sœur Alexia, en deuxième année. Lors d’un bizutage, Alexia force Justine à manger un rein de lapin…  

Movie challenge 2017 : un film d’horreur

 « Ne jamais dire jamais », vous connaissez ? Le dicton résume mon histoire avec le film de Julia Ducournau. Quand j’ai entendu dire que des spectateurs s’étaient trouvés mal lors des premières projections, j’ai dit « Jamais je n’irai voir ça », petite nature que je suis. Pourtant, lorsqu’il a fallu choisir un film d’horreur pour le Movie challenge, en évoquant des titres avec mon amoureux, je me suis surprise à lancer « Ou sinon, Grave ? ». Ma curiosité l’avait emporté, c’était trop tard pour reculer.

Au début j’ai été un peu sceptique, parce que je ne comprenais pas trop le cursus de Justine, dans un établissement entre fac et grande école (j’ai mieux compris en apprenant que l’histoire se déroule en Belgique). En revanche, j’ai été reconnaissante à la réalisatrice de dénoncer le bizutage et l’ambiance pesante des écoles « élitistes », que ce soit en raison du comportement des élèves (les premières années sont carrément harcelés par les anciens) ou des profs (l’un d’eux pousse Justine à dénoncer un camarade).

Car pendant au moins une demi-heure, le sujet du film est la vie d’une jeune fille mal à l’aise dans l’école dans laquelle elle débarque. Bien sûr il est aussi question du respect des droits des animaux et du véganisme mais je trouve qu’on a vraiment fait un faux procès au film à ce sujet : on ne peut absolument pas comprendre que le véganisme serait la cause des pulsions cannibales de Justine. Au contraire, c’est pour éviter que celles-ci n’adviennent qu’elle a toujours été vegan (ma phrase est volontairement assez peu explicite pour ne pas spoiler, mais le film est très clair à ce sujet, je vous l’assure). Donc, pendant un bon tiers, la réalisatrice a pris le temps d’installer ses personnages et je lui en sais gré. En effet, même si j’émets des réserves sur Alexia, la sœur qui me semble clairement méchante par moments, j’ai trouvé que les personnages principaux étaient vraiment captivants. Garance Marillier fait preuve d’un jeu exceptionnel et réussit à créer un personnage complexe : elle passe du regard de la bête assoiffée de sang (voir l’affiche) à l’ado mal dans sa peau qui se découvre féminine, tout en restant l’élève modèle un peu pénible et la jeune fille qui vit ses premiers émois. J’ai d’ailleurs adoré les scènes où son intensité, sa grâce sauvage, laissaient place à une vulnérabilité beaucoup plus banale (par exemple sa réplique sur la façon de se comporter « quand on a dépucelé une fille »).

Cette interprétation nuancée permet une vraie réflexion sur les pulsions et l’éthique, au-delà du cannibalisme : même si Justine se laisse parfois déborder, j’ai beaucoup aimé le fait qu’elle ne renonce pas à une forme de morale, notamment en essayant de protéger son gentil coloc (Rabah Nait Oufella), le personnage sympathique de l’histoire, quitte à se faire du mal à elle-même.

Et ces scènes de violence ? On ne va pas se mentir, certaines sont gore, vraiment. Cela dit, moi qui suis sensible, j’ai tenu sans me sentir plus mal que voulu par l’œuvre. Par contre certains détails sales m’ont paru assez peu nécessaires, surtout dans les soirées orgiaques. Mais globalement, j’ai trouvé l’esthétique travaillée et audacieuse.

J’ai lu que le film était à prendre au second degré, et je ne suis pas d’accord avec ça : je pense qu’il peut être lu à plusieurs niveaux en même temps. Il ne faut pas à mon sens nier le premier degré sur le cannibalisme, même si les déclarations de Julia Ducournau à ce sujet peuvent laisser perplexe (« défoncer un tabou », vraiment ?). À un moment du film, je me suis posé la question : imaginons que ces pulsions cannibales surviennent véritablement chez quelqu’un, comment cette personne peut-elle se faire aider, sauf à se faire interner ? Mais évidemment le film va plus loin que la question du cannibalisme, jusqu’à la difficulté d’être pleinement soi sans faire de mal aux autres, de concilier naturel et vie en société, et on touche là ce qui me paraît le plus intéressant dans le propos.

Après la vraie richesse que propose cette œuvre, j’ai forcément été moins emballée par la chute, présentée comme un twist, qui n’en était pas un pour moi car je l’avais vu venir à peu près depuis le milieu du film. De ce fait la scène finale ne sert pas à grand chose, sinon à faire ce que la réalisatrice dit avoir voulu éviter, tomber dans le côté inhumain du monstre de type vampire ou loup-garou.

Cela dit, cette fin n’a pas réussi à gâcher l’enthousiasme que m’a inspiré ce film (rétrospectivement, car sur le moment je ne savais pas trop quoi en penser, peu habituée au body horror). J’ai trouvé le mélange des genres assez réussi, et surtout je salue l’audace de ce premier film français. Je suis bien contente que ma curiosité m’ait poussée à dépasser mes craintes et préjugés, car ce film m’a marquée positivement !

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