Mots-clés

couverture-livre-un-jour-tu-raconteras-cette-histoireÀ près de 60 ans, Joyce Maynard rencontre l’avocat Jim Barringer qui lui fait de nouveau croire en l’amour et en la possibilité d’un mariage heureux. Mais quelques mois plus tard, on diagnostique à Jim un cancer du pancréas…

Je dois avouer avoir un peu hésité avant de me lancer dans cette lecture. Comme avec À tout moment la vie l’an dernier, je ne savais pas trop comment aborder ce témoignage d’une tragédie réelle. Peut-on apprécier un livre qui traite d’un drame que des gens ont vraiment vécu sans traîner l’impression de voyeurisme qui accompagne la lecture des faits divers ?

Ce qui m’a décidée à lire ce livre, c’est clairement son auteur. J’ai découvert Joyce Maynard l’an dernier avec Les règles d’usage, à mes yeux l’un des livres les plus forts de l’année 2016. Depuis, j’ai aussi eu l’occasion, grâce à Folavril, de lire Prête à tout, un roman assez différent. J’avais acquis de ces lectures la certitude que Joyce Maynard fait partie des plus grandes voix de la littérature contemporaine américaine.

Forcément j’ai entamé cette lecture avec l’attente d’un tourbillon émotionnel à la clé. Connaissant déjà la fin de l’histoire, sachant qu’elle était malheureuse, je pressentais que ce récit serait de ceux que l’on n’arrive pas à lâcher même s’ils nous causent de la peine. Je ne m’étais pas trompée.

Mais ce que je n’avais pas vraiment envisagé, c’est à quel point le livre peut être lumineux par moments, en dépit de son sujet si douloureux. À quel point aussi la franchise de l’auteur est précieuse. J’ai adoré les passages où elle raconte les moments de joie simple de son quotidien avec Jim, la façon dont elle lui rend hommage, révélant les petits gestes qui faisaient de lui « un homme bien », expression que l’on retrouve régulièrement dans le livre. C’est un très beau portrait d’un Américain de son temps qui nous est livré, quelqu’un qui adore jouer des reprises des plus grands groupes de rock, partir en randonnée et photographier les magnifiques paysages de son pays, soutenir ses équipes de sport favorites, mais aussi lutter pour ce qu’il pense juste, s’énerver d’une évolution politique qui lui déplaît, défendre un jeune étudiant en médecine d’origine étrangère dans un procès perdu d’avance.

Si sa plume magnifie Jim, Joyce Maynard ne cherche pas à se mettre elle-même en avant. Certes, on ne peut qu’admirer la façon dont cette femme indépendante a renoncé à tous les plaisirs de sa vie d’avant pour accompagner son mari dans le combat contre la maladie, prenant au sens propre l’engagement « pour le meilleur et pour le pire ». Mais elle n’hésite pas à révéler ses failles, ses doutes, ses défauts. Toutes les fois où elle s’est crue plus forte qu’elle n’était, les instants de frustration où elle aurait juste voulu retrouver sa propre vie, et la capacité à envisager l’avenir alors que Jim se mourrait, tous ces éléments, loin de pousser le lecteur à la juger, ne la rendent que plus humaine et attachante.

Ce qu’il reste après plus de 400 pages de cette romance brisée par la maladie et la mort, c’est paradoxalement un élan de vie et de gratitude : à travers ce livre, l’auteur rend hommage à son époux, et semble remercier l’existence de leur avoir permis de vivre ces quelques années ensemble, en dépit des difficultés. Une vraie leçon.

Publicités