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Appelé en Algérie, Antoine refuse de tenir une arme et reçoit une formation d’infirmier. Il laisse en France sa jeune épouse Lila, enceinte. À Sidi-bel-Abbès, il doit s’occuper d’Oscar, un soldat amputé d’une jambe…

De Brigitte Giraud, j’avais lu Une année étrangère, qui ne m’avait pas vraiment convaincue. Et quand le résumé d’un roman mentionne une guerre quelconque, c’est généralement assez pour m’en éloigner. Alors qu’est-ce qui, dans les quelques lignes de présentation d’Un loup pour l’homme, a bien pu me décider ? Peut-être le fait qu’Antoine refuse d’aller au combat. Sans doute la mention d’Oscar, qui m’a rappelé le livre si fort d’Harry Parker, Anatomie d’un soldat.

Alors quand Babelio m’a proposé de recevoir ce roman et de rencontrer l’auteur, je me suis dit que c’était un risque à prendre, parmi ma sélection de la rentrée. J’allais me jeter dans la gueule de ce Loup.

On ne dira jamais assez comme il est bon parfois de se faire violence et de varier ses découvertes littéraires. Car ce roman sur lequel je n’aurais pas forcément parié est clairement l’un des plus beaux livres de cette rentrée littéraire. La grande force du récit, c’est de parler de la guerre sans presque la montrer, et sans pourtant que le lecteur puisse l’oublier un instant. Certes, Antoine n’ira jamais combattre, n’aura pas d’arme dans les mains et n’assistera directement à aucune attaque ni à aucun attentat. Pourtant, en côtoyant au quotidien les blessés, en écoutant leurs témoignages, en baignant dans l’atmosphère poisseuse de la ville échaudée par la peur et l’incertitude, Antoine est un témoin privilégié de ce qui se joue, et le lecteur avec lui.

Mais plus encore que la grand Histoire, ce qui m’a tenue accrochée à ce livre, ce sont les personnages que Brigitte Giraud a su rendre terriblement humains et attachants. Même les personnages secondaires a priori les moins sympathiques, comme le capitaine Tanguy, ont en eux quelque chose qui peut nous permettre de les comprendre ou de les plaindre. On s’attache à eux, non pas parce que ce sont des héros, mais essentiellement à cause de leurs faiblesses. On pourrait croire qu’un roman sur la guerre nous dépeindrait le courage des hommes, forts dans l’adversité. Mais l’auteur a eu la finesse de choisir un parti-pris inverse, celui de nous donner à voir les faiblesses de ces hommes envoyés dans ce pays qu’ils ne comprennent guère.

Chez Antoine, comme chez Oscar, ce qui attire le lecteur, ce qui l’attache et lui fait espérer qu’ils vont s’en sortir, c’est avant tout leur fragilité, leur sensibilité. Il y a quelque chose de fort dans la faiblesse combinée de ces deux hommes, qui se lient d’une amitié sincère au-delà des mots, dans la proximité du quotidien où l’un prend soin de l’autre. Brigitte Giraud explore les failles de ses personnages sans jamais les présenter comme des défauts qu’il faudrait condamner, plutôt comme quelque chose de normal qui les rend humains. Et cela fait du bien de voir tous ces personnages masculins faillibles et autorisés à l’être.

Par opposition, Lila apparaît comme le personnage le plus fort du roman, une femme de tête et de cœur qui sait ce qu’elle veut et ne craint pas le danger, en tout cas moins que l’ennui. Moderne, dynamique et solaire, c’est un vrai beau portrait de jeune femme que nous offre l’auteur.

Merci à Brigitte Giraud de nous avoir offert ces beaux personnages et cette histoire si bien racontée, dans la simplicité. Un roman qui aurait toute sa place également sur grand écran.

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Trois questions à… Brigitte Giraud

J’ai eu la chance de rencontrer Brigitte Giraud grâce à l’équipe de Babelio, que je remercie au passage. Certaines de mes questions ont été posées directement par Pierre qui animait l’entretien.

  • Lequel des personnages du roman est né le premier ?

Antoine et Lila sont inspirés de mes propres parents. Je portais ce livre en moi depuis longtemps mais je savais qu’il me faudrait parler de la guerre d’Algérie avec mon père, qui a été infirmier comme Antoine. En discutant avec lui, il a évoqué un soldat qui avait perdu une jambe et ne parlait plus, qu’il s’était mis en tête d’aider à se remettre. J’ai trouvé que c’était éminemment romanesque. Et créer le personnage d’Oscar, sorte de double d’Antoine, m’a permis d’écrire à son sujet des choses que je n’aurais pas osé projeter sur mon père.

  • Lila apparaît comme un personnage de femme forte, est-ce une volonté féministe de votre part ?

Ma mère était ainsi, solaire, en avance sur son temps, en tout cas c’est comme ça que je la vois. Oui Lila est féministe, car elle est décidée, obstinée. Elle quitte tout pour aller en Algérie alors qu’à l’époque très peu de femmes l’ont fait. Je trouve ça d’un romantisme absolu.

  • Aimeriez-vous voir votre roman adapté au cinéma ?

Oui, c’est d’ailleurs en négociation…

Un grand merci à Brigitte Giraud pour avoir accepté de parler de l’élaboration de ce récit intime.

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