affiche-film-le-nom-des-gensArthur Martin (comme l’électroménager) est spécialiste des épizooties. Lors d’une interview, il est interrompu par Bahia, une jeune femme de gauche qui a pour principe de coucher avec les « fachos » pour les faire évoluer…

Je dois remercier ma super collègue (coucou, je sais que tu vas lire cette chronique) qui m’a vivement recommandé ce film, extrait à l’appui. Pourtant, de Michel Leclerc, j’avais vu La vie très privée de Monsieur Sim, qui m’avait laissée un peu sceptique, mais heureusement je n’ai fait le lien qu’après avoir découvert Le nom des gens.

Forcément, avec une comédie sociale, et même engagée politiquement, le film avait de sérieux atouts dans sa manche pour me plaire. Et cela n’a pas manqué. J’ai aimé la construction du film, façon dissertation philosophique, intro-grandes parties-conclusion. L’entrée en matière, qui voit les personnages s’adresser à la caméra pour parler de leur nom, a un côté décalé qui m’a amusée, et qui n’empêche pas de se plonger dans l’histoire ensuite.

Le film aborde des questions importantes de notre société des années 2010 : le communautarisme, l’intégration, le principe de précaution, la liberté sexuelle, le devoir de mémoire… Sur le fond, le propos est vraiment très riche, entremêlant les questionnements des deux personnages principaux avec aisance, pour en faire jaillir de nouveaux. C’est malin, les dialogues sont bien écrits et il y a une vraie réflexion. Le genre d’intelligence que j’aime percevoir au cinéma. En plus, tous les acteurs sont impeccables dans leur partition : Sara Forestier, exaltée et un peu barrée, Jacques Gamblin en homme ordinaire un peu frileux, Zinedine Soualem dans un de ses rôles les plus touchants, Carole Franck en hippie, Michèle Moretti en femme digne mais meurtrie, et Jacques Boudet en passionné des technologies. Cet ensemble hétéroclite compose un film pétillant et dynamique, devant lequel, en dépit des sujets sérieux abordés, il est impossible de s’ennuyer un instant.

Car certes, le film de Michel Leclerc est sérieux : co-écrit avec sa femme Baya Kasmi, il s’inspire de leur propre histoire pour dénoncer un certain nombre de clichés. Mais Le Nom des gens est aussi une vraie comédie française, audacieuse et burlesque comme je les aime. L’effet comique du film repose en grande partie sur l’opposition de caractères entre la fougueuse Bahia et le discret Arthur. Leur rencontre, dans les locaux de la radio où Bahia fait irruption, est déjà amusante, mais la suite est encore plus haute en couleurs. Bahia est un poème à elle seule, entre sa théorie qu’il faut coucher pour convertir, son obsession contre les « fachos » (« le quad c’est hyper facho ! »), ses tenues qui en laissent toujours apparaître un peu trop, son bon cœur au quotidien et sa désorganisation totale. Elle offre d’ailleurs quelques gags visuels un peu exagérés mais qu’importe, nous sommes à l’instar d’Arthur Martin emportés par la tornade Bahia et nous nous laissons entraîner à l’éclat de rire.

J’ai aimé aussi le côté lunaire d’Arthur, la poésie de sa façon de penser et de voir le monde (« le jour où ils ont mangé de la crème chantilly »), le dialogue intérieur qu’il mène avec son moi enfant et adolescent, à la fois émouvant et amusant.

Porteur de bons sentiments sans jamais être mièvre, le film de Michel Leclerc mérite sa notoriété et m’a fait passer un excellent moment, et pas de ceux que l’on oublie aussitôt.

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