« Un amour d’espion » : James Bond amateur version 2.0

couverture-livre-un-amour-d-espionAugusta, une amie du narrateur, lui propose une mission : venir à New York enquêter sur son ex-petit ami, un critique d’art roumain, qu’elle vient de quitter car elle le soupçonne d’être un assassin…

Parmi des sujets assez sérieux en cette rentrée (la guerre d’Algérie, le décès d’un proche, l’addiction au jeu…) j’avais repéré le nouveau livre de Clément Bénech comme une sorte de bulle d’oxygène, une histoire plus légère (même si, bon, on parle quand même d’un meurtrier potentiel). J’avais gardé cette image du style de l’auteur, découvert avec L’été slovène : quelque chose de fluide, futé et agréable à lire.

Je n’ai pas été décontenancée par ce livre qui a complètement rempli la mission que je lui avais fixé. Excellent divertissement, le roman met en scène un narrateur fidèle aux romans précédents de Clément Bénech, toujours étudiant, en géographie comme dans L’été slovène, une sorte de double juvénile de l’auteur lui-même, du moins c’est l’impression que l’on s’en fait. Et voici ce personnage auquel il est plutôt aisé de s’identifier pris dans une mission rocambolesque : celle de suivre, si possible sans se faire remarquer, Dragan, un mystérieux critique d’art.

Évidemment on ne s’improvise pas espion si aisément et les tentatives de filature du narrateur, plus ou moins discrètes, sont de nature à faire glousser le lecteur, qui se doute que la démarche a peu de chances d’aboutir… à moins d’une aide digne d’un deus ex machina, ou d’une fille futée (parce que bien sûr, l’intelligence et la débrouillardise sont dans le livre des qualités très féminines, ce qui n’est pas pour me déplaire).

Sans en dévoiler davantage sur l’intrigue, car il s’agit tout de même d’un récit d’espionnage, donc à suspens, on peut dire que les nouvelles technologies, et particulièrement les réseaux sociaux, jouent un rôle capital dans le déroulé de l’enquête. Dès les premières pages, on trouve des conversations Facebook retranscrites, des photos de profil, puis des images tirées d’Instagram. Car le texte contient également des photos, qui s’intercalent entre les lignes pour nous donner à voir les protagonistes du récit et accentuer l’impression de réalisme. Impression d’autant plus foudroyante lorsqu’on reconnaît par hasard l’une des personnes présentes sur les photos (la plupart des visages m’étaient inconnus mais une célèbre vidéaste se cache entre les pages).

J’ai bien aimé cette façon de brouiller avec désinvolture les cartes entre réel et fiction, et d’interroger l’air de rien notre usage des réseaux qui, certes, peuvent nous permettre de rester en contact quel que soit le lieu ou de rencontrer de nouvelles personnes mais aussi de fouiller dans la vie des gens, pour le meilleur comme le pire. Heureusement, si la question de l’éthique n’est pas absente du livre, elle est introduite avec finesse et sans rompre le fil de l’intrigue.

Un récit résolument contemporain, qui choisit une forme et un ton légers pour permettre au lecteur de mieux s’interroger sur son rapport aux autres à l’heure où l’on peut tout savoir, ou presque, de quelqu’un, en interrogeant l’ami Google et ses petits copains numériques.

Trois questions à… Clément Bénech

Pour rester dans l’esprit du roman, j’ai contacté Clément Bénech sur son compte Twitter, que je vous invite d’ailleurs à suivre.

  • Comme dans vos deux romans précédents, on suit un personnage d’étudiant, qui vous est plus ou moins clairement identifié. Est-ce plus facile de se projeter en narrateur que de se glisser dans la peau d’un personnage différent de soi ?

Même si son mode de vie est plus proche du mien, peut-être, que les autres personnages, le narrateur n’est pas moins difficile à concevoir que les autres. Je me projette, pour reprendre votre mot, tout autant dans les autres personnages, et cela demande également une attention constante pour la cohérence de leur personnalité.

  • Le titre du livre a un côté très « James Bond » : pensez-vous que les réseaux sociaux, applications, et autres technologies informatiques sont les nouveaux gadgets de l’espion type ?

En vérité je pense plutôt que ces nouveaux outils font de chacun un espion, qu’il le veuille ou non. La technique et les objets ont de l’empire sur nous, et il faut de la force d’âme pour leur résister.

  • Votre livre contient un certain nombre de photos : est-ce une façon de créer l’impression de réel ou une volonté de mélanger différents genres artistiques et littéraires ?

Mon insertion de photos relève avant tout d’une volonté pure, qui ne s’embarrasse pas de raisons ; mais on peut en effet imaginer que l’impression de réel est accrue, en plus de proposer pour l’œil un autre moyen de connaissance, qui en quelque sorte la complète.

Merci à Clément Bénech pour la célérité avec laquelle il s’est prêté au jeu des 3 questions !

2 commentaires sur “« Un amour d’espion » : James Bond amateur version 2.0

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