affiche-film-cherchez-la-femmeLeila, en couple avec Armand, s’apprête à partir en stage à l’ONU. Mais son frère Mahmoud revient du Yémen avec des convictions religieuses toutes neuves et décide de l’enfermer. Armand se déguise en femme voilée pour voir sa belle…

La première fois que j’ai vu l’affiche de ce film, j’ai songé « Et voilà, encore une comédie française raciste sous couvert de faire rire ». Et puis, tout de même, je n’imaginais pas l’élégante Camélia Jordana dans ce genre de farce, ni Félix Moati (vu dans À trois on y va et Libre et assoupi, entre autres). Apprendre que le film était réalisé par une Iranienne m’a confirmé qu’il avait des chances d’être plus subtil que la veine que je n’aime pas dans la comédie française.

Ayant gagné des places (je cherche encore qui remercier, l’enveloppe ne comportait aucune mention d’expéditeur, et j’avais fait plusieurs concours…), je n’avais plus aucune raison de me montrer réticente à découvrir ce film. Et franchement, je suis bien contente d’avoir osé !

En effet, pas le temps de s’ennuyer : dès les premières minutes, Sou Abadi nous entraîne à un rythme effréné, des couloirs de Sciences Po à la cité, de l’appartement du XVIe des parents d’Armand à l’ambassade d’Iran. Alors certes, c’est un film sur la radicalisation religieuse, mais pas seulement, loin de là ! Cherchez la femme est avant tout une comédie qui fonctionne, jouant à la fois sur les décalages de langage, les détournements de clichés et des gags visuels assez réussis avec le voile intégral. Il y a un côté vaudevillesque qui m’a convaincue dans l’intrigue qui se noue autour de Shéhérazade, le personnage inventé par Armand. Et comme dans tout vaudeville qui se respecte, on assiste à des courses-poursuites, des portes qui claquent et des quiproquos.

Pour l’aspect comique, le film doit beaucoup au trio Moati-Jordana-Lebghil, tous très investis et naturels dans leurs prestations. La mise en scène est également bien troussée, avec une clôture en deux temps qui nous offre une scène théâtrale rappelant la fin du Bourgeois gentilhomme avant un grand finale façon parodie de film d’action. Mais là où Cherchez la femme devient vraiment intéressant, c’est dans son traitement des sujets délicats comme la radicalisation, mais aussi l’héritage familial, l’engagement politique ou les couples mixtes. Le scénario évite les écueils du manichéisme (à l’exception des seconds couteaux Fabrice-Farid et compagnie, ressort comique nécessaire) et propose des personnages en constante évolution, dont les interactions font bouger les lignes des certitudes.

C’est finalement une belle apologie de la tolérance et de l’ouverture aux différences culturelles que ce film qui se paie le luxe de citer aussi bien des versets coraniques, de la poésie arabe classique que des vers de Victor Hugo. Mention spéciale aux parents un peu perchés d’Armand, qui incarnent un couple parfois divisé par les idées mais uni par l’attachement.

Sou Abadi nous prouve avec ce film qu’on peut bien rire de tout, et qu’on peut même en rire tous ensemble, pour peu que l’on s’appuie sur l’intelligence, la culture, l’ouverture d’esprit et la tendresse. On lui tire notre voile, euh, notre chapeau !

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