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affiche-film-meilleur-espoir-fémininLaetitia ne sait pas comment l’avouer à son père, Yvon Rance, qui rêve qu’elle reprenne son salon de coiffure après son bac : elle, elle veut faire du cinéma. Jusqu’au jour où le réalisateur Stéphane Leroy la choisit comme premier rôle… 

Movie challenge 2017 : un film que j’aime bien secrètement

Secrètement, c’est un bien grand mot, car on ne peut pas dire que je me sois jamais cachée d’adorer ce film de Gérard Jugnot. À vrai dire, je le regarde même consciencieusement à chaque fois qu’il passe à la télé (c’est-à-dire tout de même assez régulièrement).

Mais je ne le hurle pas sur les toits non plus, disons, parce que le film a plutôt l’image d’une petite comédie française sympathique mais sans plus. Alors que, plus je le revois, plus je trouve qu’il fait preuve d’une vraie tendresse et exploite beaucoup de thématiques en une heure quarante.

Pour ma part, je dois préciser que mon attachement à ce film vient surtout des circonstances dans lesquelles je l’ai découvert. La première fois que je l’ai vu, c’était dans un car en rentrant d’un voyage scolaire en Angleterre, un séjour qui reste l’un des moments les plus marquants de ma vie. Donc forcément, j’ai un rapport affectif spécial avec ce film.

La première qualité qu’il faut reconnaître à Meilleur espoir féminin, présenté comme une comédie, c’est qu’il est vraiment drôle. Je l’ai vu peut-être six ou sept fois, je connais la moitié des répliques par cœur (« c’est un substitut capillaire », « tu m’obstrues ! »…), et je suis toujours écroulée de rire devant les mêmes scènes. Et j’ai aussi l’impression de redécouvrir certains passages à chaque fois. Par exemple j’avais totalement oublié qu’Yvon ne semble pas envisager qu’Andréa, le coiffeur de cinéma, soit gay. Quand sa fille lui dit qu’Andréa n’a jamais touché une femme de sa vie, le pauvre Yvon s’étonne : « À son âge ? ». J’aime bien cette idée qu’un coiffeur n’ait pas en tête qu’un de ses collègues puisse être gay, c’est un détournement de cliché que je trouve sympathique. Et cette scène symbolise bien la candeur d’Yvon, un personnage à la fois drôle à ses dépens mais aussi très touchant.

Car le film se fait aussi très émouvant dans son traitement de la relation père-fille. C’est un sujet qui me touche particulièrement au cinéma et que j’aime beaucoup voir abordé avec autant de délicatesse (comme dans Les grandes personnes, dans un autre esprit). On parle souvent beaucoup du lien qui unit la mère à l’enfant, or ici Laetitia ne semble pas avoir de mère au début du film et c’est Yvon qui est prêt à tout faire par amour pour elle.

Le parcours de Laetitia est celui d’une ado qui devient adulte et coupe le cordon d’avec ce père trop protecteur. Et en même temps, on ne peut pas reprocher à Yvon une certaine lucidité quant au cinéma, au vu du parcours de sa fille. C’est aussi ce que j’aime dans ce film, la façon dont est abordé le milieu du cinéma, son snobisme vis-à-vis du petit provincial qu’est Yvon, la façon de considérer les jeunes comédiennes comme de la chair fraîche, le brouillage entre vie privée et vie publique, la fascination qu’engendre la notoriété, et les dégâts qu’elle peut causer sur la vie familiale. Débutant comme une franche comédie, le film se fait profond par moments et nous arracherait presque une larme. C’est pour Bérénice Béjo le premier grand rôle, et pour Gérard Jugnot le point de bascule entre cinéma comique et personnages sublimes.

Je suis donc ravie d’avoir enfin l’occasion de présenter ce film dans une chronique sous la lumière qu’il mérite.

 

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