couverture-livre-bord-cadreSainte-Rose, peintre amateur de sujets morbides, organise la rencontre de Léone, qui assure le transport de ses tableaux, et Marc, écrivain. Il suggère à celui-ci un sujet pour son prochain livre : une histoire d’amour qui commencerait comme la leur mais finirait mal…

De Jean Teulé, j’avais lu et adoré Le Magasin des suicides, mais bizarrement, je ne m’étais jamais plongée dans le reste de sa bibliographie, probablement en raison des personnages historiques qui peuplent ses romans. Je n’avais jamais entendu parler de Bord cadre, paru en 1999. Jusqu’à ce que ma copinaute Tinalakiller me l’offre durant notre premier swap. J’avais été ravie de recevoir ce roman car la promesse d’une histoire d’écrivain me séduisait, et que cela me donnait l’occasion de renouer avec Jean Teulé.

Construit en 4 parties nettes, le livre s’attache à retracer chronologiquement la relation entre Marc et Léone : leur rencontre, le temps de leur bonheur, puis le désamour, et enfin la question de la possibilité d’un happy end. Rapidement, Sainte-Rose apparaît comme une sorte de mauvais génie qui manipule les nouveaux amants pour en faire les personnages de ses toiles. Dès lors, l’enjeu est évidemment le suivant : va-t-il parvenir à ses fins ?

On retrouve avec ce personnage de peintre obsédé par la souffrance et la laideur une figure malsaine versant dans le grotesque, assez propre à l’auteur, qui a toujours eu, semble-t-il, un goût pour les protagonistes excessifs voire fous. J’ai été frappée à la lecture par le côté baudelairien de Teulé qui se complaît dans la description du sale ou du cruel, façon « Une charogne ». L’auteur ne répugne pas devant la mention des fluides corporels comme des pires bassesses que peuvent commettre ses personnages, et cela a même l’air de l’amuser. Et pour le lecteur aussi, cette galerie des horreurs a quelque chose de réjouissant à lire, d’autant plus que l’ensemble est extrêmement bien écrit et maîtrisé.

À partir de la troisième partie, mon côté féministe a eu envie de gifler Marc et de secouer Léone un bon nombre de fois tant leurs rapports deviennent malsains, l’homme étant le bourreau de la femme dans la plupart de leurs sévices. Cependant j’ai surtout eu envie d’étriper Sainte-Rose, ce qui est probablement l’effet escompté.

Cela dit, la narration est assez addictive et, passé ce qui semblait inéluctable, réussit à surprendre encore avec une dernière partie théâtrale et grandiose que je n’avais pas vue venir. C’est sans doute là que le titre prend son sens : lorsque les personnages ne sont plus « bord cadre » (à la limite, en termes de cinéma), mais dépassent complètement les bornes, pour le meilleur ou pour le pire.

Une expérience de lecture qui ne plaira sans doute pas à tout le monde tant elle plonge dans la noirceur, mais qui peut apparaître à la fois comme une romance violente, une satire du milieu artistique ou un genre de thriller psychologique. Pour ma part, pari réussi ! Merci Tina !

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