couverture-livre-l-ame-des-horloges1984, Holly Sykes a 16 ans. Après une dispute avec sa mère, elle décide d’arrêter l’école et fait une fugue. Mais le lendemain, Jacko, son petit frère de 7 ans, a disparu lui aussi. Quel rapport avec les voix qu’entendait Holly dans son enfance ?

Ayant énormément aimé Cloud Atlas (le film), je m’étais procurée le roman en VO, mais, vaincue par l’anglais de toutes les époques (y compris futuriste), j’ai reporté la lecture du roman de David Mitchell. Lorsque j’ai vu apparaître dans le catalogue de l’Olivier L’Âme des horloges, ma curiosité m’a poussée vers ce roman. Bon, la curiosité est un vilain défaut, car moi qui n’aime pas les pavés, il se trouve que le roman fait tout de même 780 pages en traduction. Je l’ai donc emmené partout avec moi pendant plus d’un mois, et j’ai cru que je n’en viendrais jamais à bout !

Et pourtant le livre valait vraiment la peine de faire l’effort de le finir. Comme avec Cloud Atlas, David Mitchell propose avec The Bone clocks (le titre original, plus pertinent par rapport au contenu de l’histoire : en effet, les Atemporels appellent les humains qu’ils infiltrent des « horloges d’os ») un univers riche, cohérent, s’étalant sur une très longue période temporelle (ici de 1984 à 2043).

À la différence de Cloud Atlas, ce roman suit principalement un personnage, Holly, à travers tous les âges de sa vie. En apparence jeune fille ordinaire d’Angleterre, elle est en fait le témoin privilégié de la guerre sans merci que se livrent deux groupes d’entités atemporelles, des âmes qui vivent plusieurs vies et ne peuvent pas mourir de vieillesse, les Horlogers et les Anachorètes. À ce stade, vous aurez compris que le roman appartient au genre fantastique, puisqu’i.l mêle éléments quotidiens et phénomènes paranormaux.

Moi qui ne suis pas très fan de tout ce qui n’est pas cartésien, j’ai eu un peu de mal à entrer vraiment dans cet aspect du roman, qui abuse d’un lexique spécifique jargonnant (« Chapelle du Vêpre », « suasion », « psychosotéricien »…). L’avant-dernier chapitre, dédié à l’explication de tous ces phénomènes, m’a donc paru un peu long.

Cela dit, j’ai pris plaisir à suivre Holly et son entourage. Dès les premières lignes, j’ai apprécié le ton très vivant dont l’auteur faisait preuve en se glissant dans la peau de l’adolescente, réussissant d’emblée à me la rendre sympathique. Par la suite, chaque chapitre change de narrateur, avec toujours un ton particulier et reconnaissable. En alternant points de vue et époques de chapitre en chapitre, David Mitchell introduit un suspens permanent : où et comment va-t-on recroiser Holly à chaque fois ? De plus, on découvre au détour d’une ligne des événements importants de sa vie qui se sont déroulés pendant les ellipses, et cette manière de faire, de ne pas forcément se focaliser sur les jours majeurs de son existence, m’a séduite. Cela évite de conférer au livre une tonalité larmoyante, car Holly a eu le temps de vivre de nombreux drames…

Surtout, j’ai apprécié le dernier chapitre du livre, qui nous plonge dans un futur peu réjouissant : pénurie d’électricité et de pétrole, accidents nucléaires, effondrement d’Internet, retour à une sorte de Moyen-Âge où l’on cultive des légumes anciens sous des tunnels… L’avenir que nous prédit Mitchell si nous continuons à épuiser nos ressources ne fait pas rêver, et constitue une piqûre de rappel nécessaire. Une conclusion éthique pour cette fresque épique, que l’on verrait bien adaptée au cinéma.

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