affiche-film-je-ne-suis-pas-un-salaudPoignardé un soir dans une bagarre, Eddie désigne Ahmed, qu’il est sûr d’avoir déjà vu quelque part, comme son agresseur. Malgré les dénégations de celui-ci, Eddie confirme le reconnaître, et tente de se réconcilier avec son ex-femme…

Il est assez rare que je marque une franche déception face à une œuvre, littéraire ou cinématographique. D’une part, parce que je respecte le travail des artistes, et que je me dis que, si je n’ai pas aimé quelque chose, cela pourrait plaire à d’autres. D’autre part, parce que je connais mes goûts et que je choisis en général de consacrer mon temps à des œuvres dont je sens qu’elles ont de grandes chances de me plaire, ou du moins de m’intéresser d’une manière ou d’une autre.

C’est pourquoi j’ai voulu voir Je ne suis pas un salaud, d’abord pour la promesse de retrouver Nicolas Duvauchelle et Mélanie Thierry, après leur collaboration dans le très beau Comme des frères. De ce point de vue, rien à redire : l’acteur est quasiment de tous les plans, et fait preuve d’un jeu plus en actes qu’en mots pour incarner ce personnage fermé, qui ressasse ses doutes sans jamais se confier, jusqu’à imploser. Face à lui, Mélanie Thierry trouve un rôle de femme aimante, mais victime de son amour pour un homme qui ne le mérite pas. Lucide malgré tout, elle incarne le genre de mère courage que le cinéma social sait mettre en valeur.

Mais la deuxième raison pour laquelle je souhaitais voir ce film, c’est le résumé, trouvé sur Allociné et Wikipédia. Je vous le livre tel quel : « Lorsqu’il est violemment agressé dans la rue, Eddie désigne à tort Ahmed, coupable idéal qu’il avait aperçu quelques jours avant son agression. Alors que la machine judiciaire s’emballe pour Ahmed, Eddie tente de se relever auprès de sa femme et de son fils et grâce à un nouveau travail. Mais bientôt conscient de la gravité de son geste, Eddie va tout faire pour rétablir sa vérité. Quitte à tout perdre… »

C’est là que le bât blesse. Je sais bien que parfois il faut savoir faire fi de ses attentes pour accueillir un film tel qu’il est, même s’il ne correspond pas à ce qu’on avait pu imaginer. Mais là, j’en veux à ceux qui ont diffusé ce résumé, qui spoile quasiment les dernières minutes du film. Car, ce n’est qu’au moment du procès qu’Eddie finit par innocenter Ahmed. Jusque-là, il n’aura pas cherché à revenir sur ses accusations, au contraire ! Même si on sent bien qu’il n’est pas sûr, depuis le début, il s’enferre dans sa haine et sa volonté de revanche. C’est au contraire l’institution judiciaire qui doute et qui lui demande de bien réfléchir. Pourquoi donc nous le présenter dans le résumé comme un homme qui cherche à faire éclater la justice coûte que coûte ? Eddie aurait pu être un brave type qui met tout en œuvre pour réparer son erreur (qui n’en fait jamais ?), et le titre du film aurait alors trouvé tout son sens.

Mais j’ai eu beau faire, je n’ai pas réussi un instant à sympathiser avec Eddie. Pour moi, « salaud » est une insulte qui le décrit assez bien. Paumé, alcoolique, faible, querelleur, Eddie est celui qui a causé l’échec de son mariage par son comportement excessif et son incapacité à conserver un emploi. Il est aussi celui qui n’est pas capable d’élever un enfant avec des règles et sans le mettre en danger. Ou encore celui qui hait tous ceux qui possèdent ce qu’il n’a pas. Qui cherche la bagarre avec les premiers venus parce que la violence, ça lui plaît. Qui n’hésiterait pas à frapper femme et enfant sous le coup de pulsions de colère. Même la chute du film ne m’a semblé qu’une confirmation de cet état de fait.

D’où une vraie déception de ma part, qui ne veut pas dire que le film d’Emmanuel Finkiel n’a aucun intérêt. Simplement, j’aurais largement préféré voir une œuvre correspondant au résumé attribué au film, car il y aurait à mon avis eu matière à un film vraiment prenant et engagé.

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