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affiche-film-love-and-friendshipLady Susan arrive à Churchill précédée de sa réputation de séductrice. Pourtant, le frère de sa belle-sœur ne tarde pas à la trouver brillante et à la défendre auprès de tous. Jusqu’au jour où Frederica, fille de Lady Susan, les rejoint après avoir fugué de son pensionnat, suivie par James Martin, son prétendant…

Movie challenge 2017 : un film qui se déroule avant le XXe siècle

Pas de panique si la migraine vous guette rien qu’à la lecture de mon résumé du film de Whit Stilman. Comme dans toutes les adaptations de Jane Austen (que j’ai presque toutes vues), les personnages sont assez nombreux et leurs connexions sociales pas toujours aisées à démêler.

Attirée par les critiques qui faisaient de Love & Friendship un film un peu différent, plus noir et drôle que les autres Austen, j’étais impatiente de le découvrir. Pourtant, la fausse bonne idée du générique présentant tous les protagonistes de l’histoire m’a plus perdue qu’autre chose au départ. Lorsque l’histoire a démarré, j’en étais encore à essayer de comprendre qui était la belle-sœur de truc et qui le fils de bidule. Heureusement, cette présentation n’était pas si nécessaire.

En effet rapidement l’histoire se met en place et l’on comprend qui est qui est quels sont les enjeux. Lady Susan (Kate Beckinsale, que j’ai appréciée de voir dans autre chose que des films de vampires) concentre les regards mais aussi les critiques en raison de son statut de séductrice. Comme le dit plus tard le nigaud James Martin (Tom Bennett, qui a dû se régaler à jouer ce personnage d’imbécile heureux), ce comportement frivole et cet appétit sensuel sont à l’époque tolérés chez les hommes, mais pas chez les femmes. En cela Lady Susan aurait pu apparaître comme un personnage féministe avant l’heure, revendiquant sa liberté amoureuse et sexuelle.

Or ce n’est pas vraiment ce qui ressort de ce personnage, qui ne s’inscrit pas dans la lignée d’une Elizabeth Bennett encore plus audacieuse. Non, si ce récit est bien différent à mes yeux des autres œuvres de Jane Austen, c’est parce qu’il ne s’attache pas à suivre une jeune héroïne à laquelle le spectateur peut s’identifier. Ici, le personnage féminin qui se rapproche le plus de l’héroïne austenienne (dans une veine plutôt douce façon Elinor que Elizabeth Bennett), c’est Frederica, la fille de Lady Susan, qui ne peut se résoudre à épouser le stupide prétendant auquel sa mère est prête à la vendre.

Car Lady Susan est un personnage de femme aussi belle et intellectuellement brillante que son cœur paraît sombre. Certes, l’histoire nous permet de comprendre ses motivations : elle est veuve et désargentée, ne possède pas de propriété et doit donc vivre sans cesse chez des parents, et elle n’a pas les moyens de payer l’éducation de sa fille. Elle doit donc absolument trouver une source de revenus pour éviter de se retrouver à la rue. Pour autant, si cet aspect de la situation est suffisamment bien développé pour nous permettre de compatir, les actes et les paroles de Lady Susan retournent le spectateur contre elle. Plus que son rapport aux hommes, qui ne sont envisagés que comme des partis potentiels (en particulier le jeune Reginald DeCourcy, un peu fade), ce qui choque est son absence d’amour pour son enfant, dont elle ne prend aucunement en compte le tempérament et les aspirations. Cela conduit à un portrait un peu lisse de la jeune fille, que l’on aperçoit surtout dans ses interactions avec sa mère.

Je n’ai pas lu le roman, mais j’ai trouvé que Whit Stilman proposait une version assez caustique de cette histoire. Sous les magnifiques décors et costumes et le côté assez cérémonieux des relations sociales de l’époque se cache un film incisif avec des scènes particulièrement drôles, comme lorsque la suivante de Lady Susan renchérit sur tout ce qu’elle dit, alors même que celle-ci est d’une mauvaise foi évidente. Et bien sûr, toutes les apparitions de James Martin sont une occasion de rire à ses dépens.

J’ai bien aimé ce ton particulier, mais je ne suis pas certaines que le film ravira tous les fans de Jane Austen, car ce qu’il gagne en humour et en critique sociale, il le perd du côté du romantisme et de l’attachement que l’on pourrait éprouver pour les personnages. Plutôt un plaisir intellectuel qu’émotionnel donc, en dépit d’un titre qui aurait laissé présager l’inverse.

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