affiche-film-les-fantomes-d-ismaelAlors qu’Ismaël écrit un film au sujet de son frère, diplomate, sa compagne Sylvia lui annonce qu’elle vient de rencontrer sur la plage Carlotta, l’épouse d’Ismaël, qui s’était évaporée 21 ans plus tôt et qu’il avait déclarée absente… 

De Desplechin, j’avais vu Trois souvenirs de ma jeunesse, qui m’avait un peu agacée mais que j’avais bien aimé, pourtant. Poussée par la curiosité, j’ai eu envie de découvrir son nouveau film, présenté en ouverture du Festival de Cannes. Après tout, l’an dernier, l’ouverture avait été faite par Café Society, que j’ai beaucoup aimé.

Je remercie Baz’art chez qui j’ai gagné les places qui m’ont permis de satisfaire ma curiosité. Hélas, le temps que je trouve un moment pour aller voir le film, il ne passait plus en version longue (celle voulue par le réalisateur, mais la plus largement diffusée est une version raccourcie d’un quart d’heure environ).

J’étais prévenue par quelques critiques entendues au sujet du film que je risquais de le trouver haché et décousu, et finalement cela ne m’a pas du tout choquée. C’est devenu un procédé assez courant dans le cinéma contemporain de sauter d’une scène à l’autre en laissant le spectateur combler les ellipses, et ici j’ai trouvé que cela s’accordait bien avec le sujet du film. En effet, Desplechin met en scène (et je pèse mes mots, car il y a dans le film, surtout dans sa première moitié, un côté très théâtral) un personnage de réalisateur tentant d’écrire son nouveau film, comme un double de lui-même. Exit Paul Dédalus dans ce film, et pourtant, on retrouve un Ivan Dédalus dans le film d’Ismaël, inspiré par son frère (Louis Garrel, que j’ai beaucoup aimé dans ce rôle, ce qui mérite d’être souligné car je n’ai jamais pu le supporter jusqu’ici).

Dans une scène qui passe assez inaperçue, on voit Ismaël affairé à écrire sur des petits papiers qu’il assemble sur de grandes feuilles pour composer son film scène par scène. Et à mon sens c’est exactement ce que fait le film : en nous offrant des moments juxtaposés, parfois individuellement incompréhensibles, le film écrit peu à peu une histoire cohérente et sensible. Au début insupportables, les personnages, qui pourraient tous passer pour des psychopathes, Carlotta en tête (Marion Cotillard, magnifique en revenante manipulatrice et solaire), gagnent en densité à mesure que le film s’éparpille. Il faut tout de même le dire, ce long-métrage part dans tous les sens, entre les amours compliquées d’Ismaël (Mathieu Amalric, le spécialiste de l’épave hallucinée), les différentes époques de sa relation avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg, finalement plus normale qu’à l’ordinaire comparée aux autres, et très gracieuse ici), ses démêlés avec son film et les extraits de celui-ci qui s’intercalent au petit bonheur.

Je comprends tout à fait qu’on puisse ne pas aimer ce film, sorte d’ovni à fleur de peau, qui abuse de la musique hitchcockienne, des répliques théâtrales, des cadrages sur des miroirs offrant des mises en abyme sublimes. Pour ma part malgré quelques moments de flottement, j’ai été bluffée par l’esthétisme du film, qui met parfaitement en valeur ses interprètes et se regarde comme un objet très beau et très bizarre récupéré dans une improbable brocante, et dont on pressentirait qu’il vaut bien plus cher que ce qu’on l’a payé. Et j’ai passé un agréable moment, notamment grâce aux dialogues surréalistes qui ont déclenché les rires de la salle. Sur ce, « je vais faire des œufs au plat ».

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