affiche-film-bande-de-fillesLe jour où Marieme apprend qu’elle ne passera pas en seconde générale, elle est abordée par trois filles qui lui proposent de se joindre à leur bande pour aller faire les boutiques au centre commercial des Halles… 

J’avais repéré Bandes de filles avant même sa sortie. Il faut dire qu’en 2011, Tomboy avait été une de mes découvertes cinéma préférées. J’avais beaucoup aimé la façon de filmer l’enfance de la réalisatrice, le jeu extrêmement naturel des jeunes acteurs et le côté ultra réaliste ,presque documentaire, du film.

Je n’ai pas pu voir le troisième film de Céline Sciamma au cinéma, et j’ai par la suite entendu beaucoup de critiques mitigées voire négatives qui ont un peu refroidi ma curiosité. Lors de la sortie de Divines, la comparaison entre les deux a souvent été évoquée, relançant ma volonté de me faire ma propre opinion. Merci donc à arte qui a choisi de diffuser ce film dans le cadre de sa programmation spéciale Cannes (le film avait ouvert la Quinzaine des réalisateurs en 2014).

Si la scène d’ouverture (un match de football américain féminin) m’a laissée perplexe, j’ai ensuite suivi avec plaisir les pérégrinations de Marieme, incarnée par la jeune et inconnue Karidja Touré (inconnue, elle ne l’est plus, on la verra bientôt dans le nouveau film de Cédric Klapisch). J’ai trouvé le personnage bien construit, touchant dans son évolution. J’ai beaucoup aimé ses relations féminines, la proximité avec ses sœurs, en particulier Bébé, puis avec ses amies, après une phase d’intégration progressive au groupe. Comme avec Tomboy, la réalisatrice a su capter avec justesse l’adolescence, le mélange d’audace et de timidité, d’assurance et de questionnements propre à cet âge de tous les possibles. Marieme est attachante car on sent bien qu’elle ne pense jamais à mal. Ce qu’elle veut, c’est tantôt faire plaisir à ses proches, en se conformant aux attentes, tantôt s’en émanciper pour vivre sa vie comme elle l’entend, et tout le film repose sur le tiraillement entre ces deux options.

Certes, la bienveillance de Céline Sciamma envers ses héroïnes a tendance à lisser le film, qui manque du mordant, du sens du tragique et de l’exubérance de Divines. Même lorsqu’elles sont provocantes, vulgaires, violentes, Marieme et ses amies ne nous font pas peur. Même lorsqu’elles sont confrontées à la violence et à la délinquance, on sent bien qu’elles s’en sortiront.

Il n’empêche, le film est peut-être plus réaliste puisque moins extrême, et met tout de même en lumière des problèmes prégnants dans le quotidien des jeunes des cités : l’absence de repères parentaux, l’enfermement dans un statut social, l’autorité abusive des aînés, le culte de la loi du plus fort, les trafics, le manque de perspective d’avenir… Mais ce qui reste en tête, à la fin du film, ce n’est pas la situation précaire de Marieme, c’est plutôt l’élan de solidarité qui unit ces filles face à l’adversité d’un monde dominé par le patriarcat. Et puis leur joie de vivre, leur soif de devenir des héroïnes, l’irrépressible espoir, tels qu’ils s’expriment dans la scène devenue culte où les jeunes filles chantent le tube de Rihanna, Diamonds. Si le film a des défauts, il ne mérite toutefois pas le procès d’intention que je lui ai parfois vu dressé.

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