couverture-livre-pour-que-tu-ne-te-perdes-pas-dans-le-quartierJean reçoit un jour un coup de fil étrange : un homme lui annonce qu’il a retrouvé son carnet d’adresses et se propose de le lui rapporter. Mais bientôt, il précise qu’il a feuilleté le carnet et souhaiterait en savoir plus sur un nom y figurant, un certain Torstel…

Honte à moi, j’ai mis longtemps à ouvrir ce fameux opus de Modiano, sorti au moment de son prix Nobel (2014, donc). On me l’avait pourtant offert à un moment où il me tentait vraiment, et puis je me suis laissée embarquer dans d’autres lectures et il est resté en souffrance.

Il faut dire qu’entre temps j’avais lu des critiques reprochant à l’auteur sa façon de mener le lecteur en bateau dans une enquête dont il ne ressortait pas grand chose, ce qui m’avait un peu refroidie.

Finalement, j’ai été rapidement happée par le mystère qui plane autour de Jean comme un charognard. Modiano est vraiment le champion pour instaurer cette atmosphère à la fois de flou et d’oppression, dans laquelle les coups de fil ressemblent à des menaces et les souvenirs à des trahisons. J’avais déjà éprouvé cette sensation avec Un cirque passe, le seul des romans de l’auteur que j’avais lu précédemment, et j’ai apprécié de me sentir à nouveau plongée dans une énigme.

Celle-ci s’incarne d’abord sous la forme de Gilles Ottolini, l’homme qui a trouvé le carnet d’adresses et qui semble vaguement menaçant, puis sous celle de sa comparse, Chantal-Joséphine. Peu à peu, d’autres figures jaillissent des souvenirs de Jean, et toutes semblent liées au même secret. Et si, finalement, la clé de l’énigme était l’enfant de cet agrandissement photographique trouvé dans les archives de la police ?

Je dois tout de même vous prévenir : pour apprécier pleinement la lecture des œuvres de Modiano, il faut préférer les questions aux réponses. Le plaisir de l’incertitude, le cheminement mental du narrateur, doivent importer davantage que la résolution du mystère. Car au fond, il ne se passe pas tant d’événements que de bouleversements intimes liés à des détails : une rencontre, un prénom, le nom d’une rue qui font émerger des souvenirs manifestement refoulés.

Et puis il y a cette ambiance désuète dans les rues de Paris, ce va-et-vient entre les époques dans lequel le lecteur se perd, qui donne à l’ensemble une couleur sépia séduisante. Un roman de Modiano a toujours l’air, quelque part, de se passer dans les années 50. Pourtant, non, il est bien question de téléphone portable et autres réalités contemporaines, mais de façon si discrète et si subordonnée à l’intrigue qu’on n’en retient que l’essence délicieusement surannée qui fait paraître ces objets anachroniques.

Et je repensais à cette chanson de Vincent Delerm, qui évoque la silhouette de Modiano, aperçue sous la pluie dans une rue de Paris. Il y a dans ce texte et cette mélodie nostalgiques quelque chose de parfaitement concordant avec ce roman qui cristallise le souvenir d’une enfance particulière. Atmosphère, atmosphère…

Publicités