couverture-livre-une-presence-idealeInfirmières, aides-soignantes, médecins, psychologues, bénévoles se relaient auprès des patients de l’unité de soins palliatifs du CHU de Rouen. Ils racontent leur quotidien à un écrivain venu découvrir l’unité… 

Quand j’ai reçu Une présence idéale (merci Flammarion), j’étais ravie, parce qu’à première vue, c’est tout à fait le style de livre que j’aime : assez court, composé de textes brefs comme des nouvelles, entre une et cinq pages, réaliste, bref, une lecture idéale pour mes trajets en métro. Et ça me changeait de Jane Eyre, que j’ai trimballé dans mon sac pendant trois semaines !

Sans surprise, j’ai très vite dévoré le livre d’Eduardo Berti. Pour un premier livre rédigé en français, l’auteur argentin fait preuve d’une maîtrise impressionnante du français et de ses nuances. Chacun de ses textes sonne juste, vrai, comme si l’on avait directement retranscrit à l’écrit un témoignage enregistré. Ce qui est d’autant plus difficile à réaliser que chaque texte est raconté par un personnage différent au sein de l’hôpital. Il y a de jeunes internes et la dernière infirmière arrivée, et puis celle qui va prendre sa retraite bientôt après toute une carrière passée dans le service. Il y a des bénévoles qui ne passent que quelques heures par semaine à l’hôpital, et cette infirmière qui après son service se rhabille en civil et reste encore deux heures auprès d’un parent hospitalité dans l’unité. Il y a les médecins mobiles qui se déplacent à domicile, et la maquilleuse qui vient apporter du sourire.

L’ensemble, est, paradoxalement pour une unité médicale qui connaît des décès réguliers, assez vivant. Les récits courts sont dynamiques et s’attachent à raconter une situation, une anecdote, ou à livrer un sentiment, toujours de manière assez « brute de décoffrage », avec franchise, sans enrobage. Il ne s’agit pas d’embellir la réalité. Les patients meurent, il faut s’y faire, et la vie du service continue.

J’ai beaucoup aimé ses anecdotes, ses portraits de patients mais aussi, en creux, de soignants, et j’ai ressenti une réelle admiration pour ces personnes dévouées qui ont choisi pour métier de s’occuper avec une infinie patiente de personnes souffrantes et généralement apeurées. Leur rendre hommage dans un livre est une vraie bonne idée.

Bien sûr, certaines pages sont tristes, mais parfois même si la fin de l’histoire est inéluctable on se surprend à sourire aux requêtes étranges des patients ou de leur famille, et parfois un certain suspense s’établit en quelques pages, preuve du talent narratif de l’auteur. Cette ambiance douce-amère, qui confronte l’extraordinaire soif de vivre au quotidien et la capacité à profiter des petits bonheurs à la conscience aiguë de la déréliction du corps m’a rappelé Patients, le film de Grand Corps Malade vu récemment, qui s’emparait également d’un sujet médical difficile et réussissait à y injecter de la légèreté. Une façon de rappeler que la maladie, la mort, font partie de l’expérience humaine et qu’elles doivent être acceptées et vécues pleinement comme telles.

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