affiche-film-même-la-pluieSebastián, réalisateur, et Costa, producteur, arrivent à Cochabamba, Bolivie, pour tourner un film sur la découverte du Nouveau Monde. Mais ils ignorent qu’un important conflit social opposent les habitants au pouvoir qui entend privatiser l’eau et en augmenter le prix de 300%… 

C’est sur les rayons de la médiathèque de mon enfance, dans laquelle je me rends toujours avec plaisir, que j’ai trouvé ce film un peu par hasard. J’avais décidé d’emprunter des DVD pour les vacances, de préférence des films sortant de mes habitudes histoire de faire des découvertes. Connaissant très mal le cinéma espagnol, je me suis décidé pour ce long-métrage d’Icíar Bollaín (à qui on doit également le très beau L’Olivier).

J’avais été séduite par la mise en abyme présente dans le film : en effet, on suit le parcours d’une équipe en plein tournage d’un film. Moi qui suis toujours intéressée par les coulisses de tournage, les bonus et anecdotes et qui rêve d’assister à un tournage de A à Z, j’ai vraiment apprécié cet aspect documentaire sur la façon de recruter les figurants, de choisir dans quel ordre tourner les plans, de réaliser des décors…

Mais peu à peu, l’intrigue du film sur Christophe Colomb est reléguée au second plan au fur et à mesure que prend de l’importance la crise sociale qui secoue la communauté des natifs. Emmenés par Daniel (Carlos Aduviri, impressionnant), les habitants se révoltent et réclament l’accès à l’eau pour leurs familles. On bascule alors du côté du film social, ce qui rebat les cartes entre les membres de l’équipe de tournage et permet à chacun de se révéler sous un nouveau jour. Faut-il tenter de finir le film à tout prix dans un contexte d’émeutes ? Comment continuer à tourner alors que Daniel, acteur phare du film, est en première ligne des manifestations ? Pour tous, il s’agit de hiérarchiser les priorités.

J’ai particulièrement apprécié l’évolution du personnage de Costa (Luis Tosar) et de ses rapports avec la famille de Daniel. D’abord fermé et égoïste, l’homme va petit à petit se remettre en question et se révéler courageux et altruiste. J’ai aussi aimé les acteurs qui s’interrogent sur leurs rôles dans le film tourné par Sebastián (Gael García Bernal, inoubliable Che Guevara dans Carnets de voyage) et se laissent parfois contaminer par leur personnage dans la vraie vie. Mention spéciale à Karra Elejalde (Christophe Colomb alcoolique et désabusé mais généreux) et à Raúl Arévalo (obsédé par une réplique de son personnage, ce qui amène un peu de drôlerie au film, par ailleurs plutôt sérieux).

Icíar Bollaín et son équipe ont réalisé un travail impressionnant, cumulant la reconstitution historique pour les scènes du film sur Christophe Colomb, avec des passages épiques (la fameuse « scène de la croix ») et l’aspect social plus documentaire, ce qui exige des façons de filmer totalement différentes. En résulte un film hybride fort, qui fait naître la réflexion grâce à la confrontation de ces différents niveaux de lecture. J’ai juste regretté que certains personnages ne soient pas un peu plus développés comme l’assistante réalisatrice, et que Sebastián perde un peu en consistance alors que Costa gagne en épaisseur.

Un film dépaysant et plein d’espoir qui donne soif d’égalité et de justice.

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