120x160_Orpheline_01_03_MDLa vie de Renée, directrice d’école enceinte de son premier enfant, bascule lorsque ressurgit Tara, une vieille connaissance qui sort de prison. À l’époque où elles se sont connues, Renée se faisait appeler Sandra et se prétendait orpheline…

 Movie challenge 2017 : un film français

Tout d’abord, je tiens à remercier Le Pacte, car ce film marque ma première collaboration avec ce distributeur prestigieux, un partenariat dont je suis très heureuse (et un peu fière aussi).

J’avais repéré Orpheline parmi les sorties du printemps grâce au casting exceptionnel du nouveau film d’Arnaud des Pallières. Un casting essentiellement féminin, ce qui n’était pas pour me déplaire. J’avais hâte de voir Adèle Haenel (Les Combattants), Gemma Arterton (The Voices) ou encore Solène Rigot (17 filles) se confronter à l’univers particulier du réalisateur de Michael Kohlhaas. De ce film j’avais gardé en mémoire un cinéma qui passe beaucoup plus par l’image que par les dialogues, qui ne donne pas toutes les clés de compréhension au spectateur et s’appuie sur l’intensité de ses interprètes.

J’ai retrouvé chez Orpheline une partie de ces caractéristiques. Certes, le film est pourvu de plus de scènes parlées, et pour autant, on peut dire qu’il n’est pas bavard. L’héroïne, à travers les différents âges de sa vie, utilise la parole comme une arme pour obtenir ce qu’elle veut, bien plus que pour exprimer ce qu’elle ressent. Car que pense vraiment Karine, qu’elle se fasse appeler Sandra ou Renée ? Bien malin celui ou celle qui devinerait l’intériorité de cette fille sauvage qui se donne corps sans âme et ne se laisse jamais vraiment cerner. De manière symptomatique, elle n’a pas même dévoilé son passé à l’homme qui partage sa vie et dont elle attend un enfant, tant sa confiance est impossible à gagner vraiment.

Pour jouer ce personnage peu ordinaire, le réalisateur a su choisir des actrices qui, en dépit d’une ressemblance physique peu frappante (et encore, une fois dans la peau du personnage, j’ai trouvé que leurs points communs ressortaient), apportent toutes la même intensité à Karine à travers les âges. J’aurais même tendance à dire que, plus le film avance, plus les performances des actrices sont remarquables. J’ai été en particulier très admirative du jeu de Solène Rigot, crédible dans un rôle de dix ans de moins qu’elle, et de la jeune Vera Cuzytek.

Bien sûr, ce portrait par ellipses est un peu frustrant pour le spectateur qui aurait aimé en savoir plus sur la vie de Karine dans les intervalles passés sous silence, mais c’est sans doute ce qui contribue à la force du personnage, l’impression de mystère qui ne s’éclaircit pas. On cherchera en vain l’élément déclencheur, le moment de bascule qui aura fait de Karine non pas vraiment une orpheline mais une éternelle fugueuse, toujours désireuse de liberté, de rébellion, d’une vie au-delà du monde clos que lui promettait l’enfance, entre la rivière et la casse automobile. Le film semble se moquer de donner une réponse, préférant livrer en bloc la complexité d’un portrait féminin audacieux, complexe et décomplexé. La caméra d’Arnaud des Pallières n’a peur d’affronter aucune des grandes questions de la vie humaine, ni la violence ni le sexe, ni la naissance ni la mort, sans complaisance.

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