affiche-film-un-amour-de-jeunesseCamille, quinze ans, aime passionnément Sullivan. Mais celui-ci décide d’abandonner ses études pour partir en voyage en Amérique du Sud. Peu à peu, les lettres s’espacent et il rompt avec la jeune fille. Après un deuil douloureux de cet amour, Camille entame des études d’architecture…

J’avais depuis longtemps envie de découvrir les œuvres de la réalisatrice Mia Hansen-Løve, sans doute intriguée par son ascendance philosophique (ses deux parents ont enseigné la philo). Si je lorgnais sur L’avenir, j’ai finalement eu d’abord l’occasion de voir Un amour de jeunesse, dont le sujet m’intéressait également.

J’ai trouvé les portraits d’adolescents d’emblée assez justes, avec des postures et des expressions crédibles pour de jeunes gens, sans tomber non plus dans l’exagération ou la caricature. Souvent agacée par l’attitude et le langage que l’on prête aux ados dans les représentations populaires, j’ai assez apprécié de trouver en Camille et Sullivan des jeunes gens bien élevés, éloquents et d’une certaine élégance. On est typiquement dans un cinéma d’auteur qui préfère miser sur l’universalité des sentiments que sur un ancrage profond dans une époque (on voit très peu d’objets technologiques dans le film et les vêtements sont assez intemporels), ce qui me convient très bien. Si Camille et Sullivan (Lola Creton et Sebastian Urzendowsky) sonnent vrai, leurs personnages n’en sont pas pour autant forcément sympathiques. Lui, indécis et égoïste, tenant trop à sa liberté pour s’engager réellement, multiplie pourtant les déclarations enflammées, avec une certaine inconséquence. Elle, passionnée et entière, semble chercher en l’autre une raison d’exister au point de l’étouffer. Ils forment donc un couple dysfonctionnel qui ne semble pouvoir vivre ni ensemble ni séparément.

Le montage du film un peu particulier accumule des séquences courtes sans transition, des moments de vie saisis sur le vif qui participent d’une impression de réalisme mais aussi d’un manque de narration, peut-être, qui peut laisser le spectateur assez extérieur à l’histoire. De plus, les ellipses importantes, qui ne s’accompagnent pas de grands changements physiques des acteurs (c’est l’éternel problème des films qui s’étalent dans le temps), contribuent à un certain effet de confusion.

J’ai trouvé assez intéressante la plongée dans l’univers des études d’architecture, même si, pour connaître un peu ce milieu, j’ai repéré quelques simplifications et embellissements de la réalité : les jeunes produisent de magnifiques maquettes en matériaux onéreux, trouvent facilement des postes importants dans des cabinets renommés à peine leurs études achevées… Le personnage de Lorenz, tout en retenue, est interprété avec élégance et presque trop de sobriété par Magne-Håvard Brekke, facilement éclipsé par la présence de Lola Creton. C’est dommage, on aurait aimé comprendre davantage cet homme qui s’éprend d’une étudiante qui pourrait être sa fille, ses motivations et sa vision à long terme de leur couple. Une fois encore, on a l’impression que c’est la femme qui désire et décide, et l’homme qui n’a qu’à accepter ou fuir cet amour imposant.

Forcément, on s’attend depuis le début à voir resurgir Sullivan dans la vie de la jeune fille, on l’espère même, tant l’amour entier qu’elle lui portait paraissait plus beau, voire finalement presque plus adulte que sa relation avec son professeur. À mes yeux le film accrédite la théorie de La Bruyère selon laquelle, « l’on n’aime bien qu’une seule fois, la première ». J’ai été un peu désappointée par la fin du film qui n’apporte pas vraiment de réponse et ne clôt pas le dilemme de Camille. On pourrait même y voir un certain aveu d’échec assez triste, même si j’imagine que ce n’est pas le sens que la réalisatrice voulait donner à la symbolique du chapeau, objet central du film.

Tout au long du film, j’ai beaucoup apprécié la bande-son très élégante qui confère de la force à un parcours de vie somme toute assez banal, celui d’une jeune fille qui n’oublie pas vraiment son premier amour. J’aurais eu envie d’éprouver plus d’émotions face à cette histoire, mais la partie après l’ellipse a été trop sage pour vraiment m’emporter dans l’évolution de Camille. Un joli film tout de même.

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