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affiche-film-la-piscineMarianne et Paul, couple riche et amoureux, profite des vacances au soleil dans une villa avec piscine. Mais leur intimité est troublée par l’irruption de leur vieil ami Harry et de sa fille, la jeune Penelope.

 Movie challenge 2017 : un remake ou un film ayant été l’objet d’un remake

Par principe, je ne suis pas fan des remakes : si un film existe déjà, pourquoi réutiliser la même histoire au lieu d’en inventer une nouvelle ? Mais comme je savais que La Piscine était disponible dans la DVDthèque paternelle, et que le casting hétéroclite d’A Bigger Splash me rendait curieuse, je me suis dit que c’était l’occasion de découvrir un classique du cinéma français. Je rappelle que je suis assez inculte en ce qui concerne tous les films plus vieux que moi, donc forcément, c’était mon premier Jacques Deray. Bon, je voyais quand même qui sont Alain Delon et Romy Schneider !

Le film partait plutôt bien, avec ces images écrasées de soleil – j’adore les images solaires, même surexposées, au cinéma – et ce couple fou amoureux, mais dont la relation ne m’a pas semblée très saine. Il faut dire que Jean-Paul (Delon) est tyrannique : il passe son temps à donner des ordres à Marianne, et semble dominateur dans leurs relations sexuelles (même si on ne voit pas grand chose de concret). Et puis arrive l’insupportable Harry, fêtard et séducteur invétéré, et sa fille (Jane Birkin) aux allures de biche effarouchée. Et là, au bout d’environ une demi-heure de film, la suite m’a parue évidente. Tellement évidente que je me suis ennuyée, suivant l’intrigue linéaire à coup de « eh voilà j’en étais sûre » jusqu’à LA scène de la piscine. Un peu d’action ! Je pensais que le film touchait à sa fin, mais non, il se fend ensuite d’une petite enquête policière dont je n’ai pas trop compris l’utilité. Si ce n’est peut-être de se dire que le couple Jean-Paul/Marianne est décidément bien malsain.

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Et le remake, alors ? Ayant trouvé le premier film très prévisible dans son chassé-croisé amoureux, je craignais de m’ennuyer deux fois plus devant le second. Bonne nouvelle, j’ai plutôt plus accroché à l’histoire grâce à un rythme plus soutenu, un montage et des plans un peu plus imaginatifs et des flash-backs qui résolvent les ambiguïtés des relations entre les personnages. Là où le film de Deray ne faisait que suggérer et laissait ses protagonistes au rang de caractères esquissés, celui de Luca Guadagnino fait l’inverse : il nous montre, il nous explique, quitte à en dire trop et tuer le sentiment de mystère. Bref, il tombe dans l’excès opposé. Rien que l’évolution des professions des personnages (Marianne n’est plus journaliste mais rock star – aphone, ce qui donne à Tilda Swinton un rôle quasi muet… et quasi inconsistant ; Paul ne travaille pas dans la pub mais dans la photo, et Harry est resté producteur) les place clairement du côté de ces stars qui font n’importe quoi pour le fun. Quelques scènes sont restées identiques (Harry sautant dans la piscine en criant), mais pour le reste, j’ai souvent eu l’impression de voir une caricature. Harry (Ralph Fiennes, qui a dû bien s’amuser à danser comme un dégénéré) se donne en spectacle en permanence, il croit que tout lui est dû, il est à la fois pathétique et horripilant (bien plus que la version gentiment pénible de Maurice Ronet). Penelope (Dakota Johnson), auréolée de la rémanence de Fifty Shades, a perdu toute innocence au profit d’une sensualité provocante. Bref, le tout manque de subtilité. Sans surprise, le seul personnage qui tire son épingle du jeu est Paul (Matthias Schoenaerts). Alors que dans La Piscine, les deux hommes sont antipathiques, ici Paul est le gentil de l’histoire (en même temps, l’interprète de Gabriel Oak pouvait-il avoir l’air méchant ?). D’où une fin qui s’éloigne du film original, surprise bienvenue.

J’aurais peut-être préféré le remake, dans l’ensemble, s’il n’y avait eu cette volonté d’y insérer un message politique très maladroitement amené. Car nos happy few en goguette en Sicile croisent régulièrement les habitants modestes de l’île et les réfugiés, qui surgissent comme une vague menace à laquelle les riches ne s’intéressent guère… sauf quand il peut s’agir de rejeter la culpabilité sur eux. Bref, les riches sont des méchants égoïstes qui ne compatissent pas à la misère qu’ils ont sous les yeux… Mais que diable cette morale allait-elle faire dans cette galère ?

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