couverture-livre-illettréLéo, vingt ans, traîne depuis l’enfance un lourd secret : il ne sait pas lire. Pourtant, il travaille au milieu des lettres, dans une imprimerie. Suite à un accident du travail, il est soigné par Sibylle, une voisine infirmière, qui propose de l’aider à apprendre…

La quatrième de couverture de ce livre me donnait vraiment envie de me plonger dans le roman de Cécile Ladjali, présenté comme « un livre d’énergie et de conviction qui ouvre une voie imprévue et poétique » sur la question de l’illettrisme.

Un jeune homme arrivé à l’âge adulte sans l’aide des mots, blessé, et qui par la grâce de la bonté de sa voisine découvre enfin la lecture, cela me semblait en effet un excellent sujet pour construire un récit plein d’enthousiasme, de volonté et d’espoir. C’est pourquoi je m’étonnais de trouver ce roman paru chez Actes Sud : j’avais l’impression que j’allais m’embarquer dans la lecture d’un feel-good book, genre flou que je ne parvenais pas à rattacher à cet éditeur.

Dès les premières pages, j’ai été déroutée par le récit, en chapitres courts, alternant l’histoire de Léo et ses dialogues avec lui-même au milieu du cimetière (tout de suite, on sent l’idée du feel-good s’éloigner). J’avais pourtant vraiment envie de m’attacher à ce personnage, et de suivre ses progrès, sa rédemption et pourquoi pas ses amours.

Mais je me suis sentie empêchée, d’abord à cause des personnages eux-mêmes. Fruits de descriptions assez précises, ceux-ci sont saturés d’informations, ce qui les rend, paradoxalement, évanescents. Léo, vingt ans, réussit à être à la fois illettré, handicapé (amputé de deux doigts), fils d’escrocs, abandonné depuis l’enfance, élevé par une grand-mère elle aussi illettrée, orphelin sans le savoir, dépourvu d’amis, propriétaire d’un iguane, délégué du personnel de l’imprimerie, perclus de tics, vierge, mais d’une beauté solaire que la romancière se plaît à décrire dans des pages d’un romantisme adolescent enfiévré qui a achevé de me laisser perplexe. J’ai trouvé que cela faisait vraiment beaucoup de caractéristiques originales pour un seul homme, et que celles-ci n’étaient pas toujours bien gérées (notamment le handicap physique). De même, le personnage de Sibylle m’a dérouté : censée être presque aussi jeune que Léo, elle a eu le temps d’entamer des études puis de changer de voie et de faire une école d’infirmière, de vivre en couple puis de se séparer durant sa grossesse, et sa fille a désormais six ans. Le temps semble drôlement élastique parfois.

J’ai essayé de mettre de côté ces étrangetés pour me concentrer sur l’évolution de Léo, en espérant constater ses progrès dans l’apprentissage de la lecture. Mais le sujet n’est jamais abordé frontalement : on sait que le jeune homme parvient à écrire son nom en majuscules, et après ? Le contenu des cours dispensés par Sibylle reste vague, et la barrière des mots présente au même degré durant tout le récit. Statu quo. Jusqu’aux dernières pages, j’ai espéré voir le récit nous proposer une évolution, une solution. Mais finalement, il ne se passe rien, ou si peu. L’immobilisme des personnages, leur réticence à oser et à agir les englue dans une situation éternellement malsaine, et plonge le récit dans le glauque. Et finalement, aussi peu attachée aux personnages que je l’étais, je n’ai même pas éprouvé de sensation de malaise en refermant le livre, juste un agacement et l’impression d’un gâchis : celui d’un très bon sujet romanesque que le livre ne fait finalement qu’effleurer.

Je reste donc sur ma faim, vous l’aurez compris. Si vous connaissez d’autres livres sur le thème de l’illettrisme, je suis preneuse de vos suggestions !

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