couverture livre Le commun des mortelsIls s’appellent Édtih, Victor, Philippe, Mathilde, Olivier, Benoît, Marie… Ils vivent en ville ou à la campagne, travaillent la terre, contemplent la mer, marchent dans la montagne ou s’oublient en boîte de nuit. Ils sont comme vous et moi, le commun des mortels. 

Qu’est-ce qui nous pousse vers un livre ? Parfois, les raisons sont complexes, pour celui-ci elle est évidente. J’aime énormément les expressions lexicalisées, les formules toutes faites qu’on emploie sans y penser, jusqu’au jour où l’on s’y arrête en s’interrogeant : au fond, qu’est-ce que ça veut dire ? Ce titre, Le commun des mortels, correspondait tout à fait à ce qui m’intrigue. C’est exactement ce que j’attendais de ce livre : qu’il me révèle ce que signifie vraiment cette expression.

Pour être dans le commun, nous y sommes. Ancien journaliste culturel, Gérard Lefort fait preuve d’un grand talent d’observateur et d’analyse. Pudiques, ses personnages s’étalent rarement sur leurs sentiments, leurs fêlures et leurs joies. Mais ce sont leurs gestes, leurs impressions, leur tenue qui nous racontent leur histoire, un souvenir fugace en deux ou trois lignes qui nous fait comprendre les ressorts essentiels de leur vie : la quête d’amour, l’absence, la volonté de bien faire, l’échec.

Sans doute pour accroître encore le sentiment que ces quidams pourraient vraiment être n’importe qui, ils portent tous des prénoms assez courants, pas très marqués au niveau régional ni générationnel. Plus étrange : d’un texte à l’autre, car chaque chapitre se présente comme une nouvelle intitulée par le prénom du personnage qu’elle présente, les mêmes prénoms ressurgissent, parfois assortis de caractéristiques communes. Mathilde, par exemple, est toujours brune. Pour autant, s’agit-il des mêmes personnages qui réapparaîtraient d’un texte à l’autre, construisant ainsi une fresque romanesque à partir des récits juxtaposés ? J’ai eu beau essayer de les faire correspondre, il me semble qu’il ne faut pas chercher à retrouver les mêmes identités, car certains éléments ne collent pas. L’effet est plutôt celui d’un flou, d’un tourbillon, dans lequel tout le monde finit par porter le même nom qu’un autre, par être un peu similaire et un peu différent. Le point commun entre tous ? Leur indéfectible humanité, avec ce que cela comporte de qualités et de faiblesses.

Si l’écriture est belle, avec un goût certain pour l’image cinématographique (chaque texte pourrait être un court-métrage, quelque part), le lecteur peut tout de même être dérouté par cette succession de moments de vie dont on ne saisit pas toujours bien pourquoi ils nous sont racontés. En s’attachant à des scènes banales et en les isolant du reste de la vie des personnages, l’auteur construit une œuvre anti-romanesque. Quelques exceptions tout de même, lorsque la scène choisie est particulièrement forte – et en général tragique. Car le ton général du livre n’est pas à la fête. Ce qui ressort de tous ces destins entraperçus, c’est la difficulté du vivre ensemble, la nostalgie d’une relation qui s’étiole ou dont l’un des protagonistes est parti, la violence de la vie et, puisqu’il est question de mortels, les façons d’envisager sa fin, aussi.

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