preteatoutSuzanne Maretto a toujours rêvé de devenir présentatrice télé. Volontaire, elle réussit à être engagée sur une chaîne locale de sa petite ville, et épouse Larry, fils de restaurateurs. Alors que Susie réalise un reportage sur les adolescents en difficulté, Larry est assassiné…

J’avais adoré Les règles d’usage paru à la rentrée de septembre 2016, c’était même un de mes coups de cœur. J’étais donc curieuse de lire d’autres œuvres de Joyce Maynard, mais je ne savais pas vraiment par où commencer. Je dois donc remercier Folavril, qui a eu la bonne idée de présenter Prête à tout sur son blog, et la gentillesse de me prêter le livre.

J’ai découvert un roman bien différent des Règles d’usage, tant dans le fond que dans la forme. Prête à tout est raconté alternativement par tous les protagonistes de l’histoire, certains apparaissant comme narrateurs occasionnels, le temps d’un chapitre, d’autres revenant régulièrement donner leur point de vue. Cette construction, difficile à manier pour l’auteur car elle impose de jongler entre différentes voix, est parfaitement maîtrisée et amène le spectateur à devoir se faire sa propre opinion. Car, bien sûr, les principaux témoignages ne sont pas concordants. Alors, Suzanne est-elle l’adorable jeune femme que décrivent ses parents, ou la manipulatrice qui se dégage des récits des adolescents ? Et si, au contraire, les jeunes gens avaient échafaudé un plan machiavélique ?

Car, puisqu’il s’agit d’un meurtre, le livre est avant tout un thriller qui nous tient en haleine autour d’une question cruciale, qui est moins « qui a tué Larry ? » que « pourquoi l’avoir assassiné ? ». La romancière raconte d’ailleurs s’être inspirée d’un fait divers qui l’intriguait justement parce que le mobile lui échappait. Le résultat est assez addictif, car plus le lecteur avance, plus il cherche à lire entre les lignes pour démêler le vrai du faux.

Mais au-delà du roman à suspens, le livre est aussi l’occasion de dresser un portrait d’une petite ville d’Amérique avec ses différentes classes sociales. Si les jeunes du lycée évoluent dans un milieu très défavorisé, où l’emploi le plus courant semble être ramasseur de palourdes, cela fait d’eux des suspects évidents aux yeux de la famille bourgeoise de Susie, et de la police. Bien sûr, personne n’imaginerait que le meurtrier se cache derrière les portes closes de la jolie maison d’un concessionnaire automobile, ni même dans le restaurant italien des Maretto, les parents de Larry appréciés pour leur caractère jovial et travailleur. Un peu à la manière de Desperate Housewives, dont j’ai volontairement emprunté le sous-titre, le roman nous révèle la face cachée des gens en apparence bien sous tous rapports. C’est aussi une charge contre la télévision, média principal (Internet n’en était qu’à ses balbutiements à l’époque où le livre a été écrit), que dresse Joyce Maynard à travers le personnage de Suzanne, obsédée par la célébrité.

J’ai tout de même retrouvé certaines thèmes des Règles d’usage dans ce thriller, qui semblent faire partie des sujets de prédilection de l’auteur : l’adolescence, les rapports familiaux, les mères ados, et bien sûr ce don pour le portrait criant de vérité. De quoi me donner envie de lire les autres romans de Joyce Maynard !

 

 

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