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moonlightChiron, dit little, tente d’échapper aux brimades de ses camarades qui l’identifient comme homosexuel. En se cachant dans un squat, il rencontre Juan, un dealer, qui devient la figure paternelle qui manquait à l’enfant.

 Movie challenge 2017 : un film ayant obtenu un Oscar

Forcément, je ne suis pas complètement objective face à ce film. Forcément, parce qu’ayant adoré La La Land, l’erreur d’annonce pour l’Oscar du meilleur film ne m’a pas du tout amusée. En soi, Moonlight m’intriguait, mais c’est clairement cet Oscar qui m’a décidée à le voir maintenant, afin de pouvoir affiner mon avis sur la question.

On a dit que Moonlight est une révolution parce que l’entièreté du casting est noire. Je ne sais pas si c’est le premier film dans ce cas, en tout cas cela ne m’a absolument pas frappée, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. On suit l’histoire de personnages, et leur couleur de peau, si elle est rappelée de temps en temps (notamment dans le dialogue qui donne son nom au film, où il est dit qu’un noir paraît bleu au crépuscule), n’est pas un élément si capital. En effet, la question du racisme est évacuée (puisque tous les personnages ont la même couleur) au profit de celle de l’orientation sexuelle (supposée ou réelle).

Je comprends que Moonlight ait reçu l’Oscar du meilleur scénario adapté (d’une pièce de théâtre, ce qui explique la composition en trois chapitres qui évoquent trois actes), car, sur le papier, l’histoire est vraiment prenante. On suit le destin d’un jeune homme qui évolue dans un milieu familial déséquilibré (il n’a pas de père et sa mère se drogue et se prostitue), qui semble différent des autres et subit de ce fait des brimades quotidiennes. De l’enfant fragile à l’homme qui a su en imposer, Chiron évolue sous le regard du spectateur, au gré des rencontres. Le prénom du personnage principal n’est sans doute pas anodin. En grec, Chiron vient du mot « main » (celle qui frappe ou celle qui caresse…) et il est un centaure (être pluriel) d’une grande sagesse, qui vit dans une grotte (isolé). Les trois acteurs qui incarnent le personnage aux différents âges sont tous justes, même si la transformation physique radicale est dure à admettre. D’ailleurs tous les acteurs sont très bien, en particulier Mahershala Ali, oscarisé pour son rôle de Juan. Dommage que ce personnage de dealer au grand cœur n’apparaisse que durant la première demi-heure, j’aurais bien aimé le voir davantage creusé.

Et j’arrive là à l’un des problèmes fondamentaux du film selon moi. À force de couper net, d’une scène à l’autre, voire d’une époque à l’autre, Barry Jenkins empêche le spectateur de se plonger vraiment dans l’histoire. J’ai eu l’impression de survoler le film, comme si on me faisait un résumé. Et en même temps, je me suis clairement ennuyée. En cause, un tempo très lent, une action réduite au minimum et des dialogues assez limités. Je comprends que le choix de rendre Chiron mutique fasse partie du caractère du personnage, mais c’est un inconvénient pour le spectateur, qui ne sait pas ce qu’il pense ni ce qu’il ressent. Le montage, qui alterne trouvailles et maladresses, a accentué chez moi l’impression d’être en attente de quelque chose… qui n’arrive pas, ou si peu. Quelques très jolies scènes poétiques (en gros, celles au bord de la mer), soulignées par une superbe bande originale, m’ont donné l’espoir que le film allait décoller et devenir bouleversant, mais à chaque fois le montage me coupait dans mon élan. La fin du film m’a aussi laissée sur ma faim, avec un sentiment de frustration. À force de pudeur, Moonlight a bien peu à offrir au spectateur avide d’émotions. J’ai eu l’impression que, comme son personnage principal, le réalisateur pratiquait l’art de l’esquive. Et qu’à force, il finissait par esquiver le grand film que son sujet lui offrait pourtant sur un plateau !

Alors, cet Oscar du meilleur film ? Immérité à mes yeux. Surtout quand, en face, il n’y avait pas seulement La La Land, mais aussi Premier contact et Manchester by the sea (et d’autres que je n’ai pas vus). Reste une explication tout à fait logique : la menace de relancer la polémique #Oscarssowhite brandie par les médias si Moonlight n’était pas récompensé, et la volonté, sans doute, pour Hollywood, de faire un pied de nez au président américain en promouvant un film sur un noir homosexuel (là-dessus, je n’irai pas leur donner tort). Il n’empêche que, si politiquement, le choix peut se révéler pertinent, c’est accorder peu de valeur au septième art que de le réduire au vecteur d’un message.

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