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les-furiesÀ 22 ans, Lotto et Mathilde se marient en cachette. C’est le début d’une union en apparence parfaite, dans laquelle l’épouse soutient sans férir le grand dramaturge que devient son mari. Mais que sait-on vraiment des épouses ?

Je dois avouer que pour ce qui est du choix de mes lectures, je ne suis pas toujours encline à écouter les recommandations. Pas tant par esprit de contradiction (quoique…) que parce que j’ai déjà du mal à trouver le temps de lire tout ce qui spontanément me fait envie. Mais, quand c’est Barack Obama himself qui déclare d’un livre qu’il est « le meilleur de l’année (2015) », c’est un argument de poids.

Ce n’est pas la seule raison qui m’a poussée à découvrir ce gros roman de Lauren Groff. J’y décelais aussi, dans la révélation de l’envers du décor d’un mariage en apparence idéal, la possibilité d’une intrigue à l’atmosphère pas si éloignée des Apparences de Gillian Flynn (aka Gone Girl pour les cinéphiles).

La comparaison reste assez hasardeuse, car nous ne sommes pas ici dans un thriller, mais il y a pourtant des points communs. Comme le roman de Gillian Flynn, celui-ci est découpé en deux parties, la première consacrée à l’homme, Lotto, et la seconde à son épouse, Mathilde.

Un schéma qui permet de réserver quelques surprises au lecteur en lui présentant toute la vie du couple, perçue par le mari, avant de revenir sur certains éléments du point de vue de sa femme, ce qui occasionne un certain nombre de révélations plutôt croustillantes.

Le début de l’œuvre m’a séduite, avec la vision de ce jeune couple fougueux, faisant fi des conventions et attirant l’admiration et la jalousie de leur entourage pour leur assortiment si parfait. L’enfance de Lotto me l’a également rendu sympathique, mais ce sentiment s’est ensuite estompé à mesure que le comédien amateur devenait un dramaturge insupportablement sûr de lui et avide d’une reconnaissance sans limites. Si le passage avec le compositeur a redonné un peu de piquant à ma lecture, je commençais à m’embourber dans la fin étrange et diluée de la première partie, lorsque la seconde advint.

Et ce fut une évolution bienvenue à mes yeux que cette plongée dans la vie et la psyché de Mathilde, qui est LE personnage passionnant du récit. Sous ses dehors de parfaite épouse, d’un soutien et d’une énergie sexuelle sans failles, Mathilde cache bien des mystères et des secrets. Personnalité complexe et ambivalente, capable des plus grands sacrifices et des actes les plus purs comme de la haine la plus entière, la jeune femme a vécu en réalité une vie bien plus dense que celle de son époux, et fait preuve de plus d’intelligence que lui. Cette part du récit est plus dynamique et déploie une action riche, qui a su me convaincre. Je garde surtout de ce livre foisonnant l’impression d’une œuvre qui, s’en en avoir l’air, s’affirme comme féministe en dévoilant la supériorité de Mathilde et son refus de n’être, si ce n’est en apparence, « qu’une épouse ».

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