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1Sheet_Master.qxdMia, serveuse dans un café d’Hollywood, enchaîne les castings. Sebastian, pianiste dans un restaurant, rêve d’ouvrir un club de jazz. Amusés par le destin qui les réunit dans toutes les soirées de L.A., ils finissent par tomber amoureux…

Movie challenge 2017 : une comédie musicale

Je ne sais même plus quand j’ai entendu parler de ce film pour la première fois mais il me semble que c’était il y a plus de six mois, alors que je venais de voir Whiplash. Au fil des semaines et de l’enthousiasme croissant et généralisé, je suis passée de l’impatience à une certaine crainte d’être déçue, tant les attentes me semblaient énormes autour du nouveau long-métrage de Damien Chazelle. J’avais envie de retrouver la patte du jeune réalisateur, l’obsession du son, l’urgence du mouvement, flagrante dans ces séries de gros plans rapides, qui conféraient à son film précédent une telle intensité.

Dès la scène d’ouverture, j’ai compris que je n’allais pas être déçue. Ce qui frappe d’abord, c’est l’incroyable maîtrise technique qui émane de cette entrée en matière époustouflante, et qui se poursuit. Le spectateur est emporté grâce à un montage léché dans une spirale de couleurs, de costumes, de lumières. On en prend plein les yeux, du début à la fin, mais aussi plein les oreilles, avec une bande-son parfaite, qui fait passer par toutes les émotions et reste en tête pendant des heures à la sortie de la salle. Le réalisateur rend hommage aux scènes cultes des plus grandes comédies musicales, de Chantons sous la pluie à West Side Story, avec une grande élégance, et sans jamais tomber dans la froideur d’un exercice de style. Et puis il y a le jazz, si protéiforme et vivant, qui devient véritablement, au même titre que Los Angeles, l’un des personnages du film.

Visuellement et musicalement sublime, le film l’est aussi grâce au couple d’acteurs qui illumine chaque plan. Emma Stone et Ryan Gosling dansent et chantent avec aisance et émotion, et font preuve d’une complémentarité et d’une complicité essentielles au propos. Ils forment un couple totalement crédible, attachant, et assez équilibré, même si j’ai eu une petite prédilection pour la grâce renversante de Mia. Ce n’est pas pour rien qu’Emma Stone est l’une des muses de Woody Allen ! La filiation m’a d’ailleurs semblé évidente entre le film de Damien Chazelle et ma veine préférée de l’œuvre allénienne, celle qui allie magie, romantisme et mélancolie. On pense notamment à Café Society pour la plongée dans le milieu du cinéma (à The Artist, aussi, dans certains plans), mais aussi à Minuit à Paris pour l’atmosphère féérique. Il y a pourtant dans le cinéma de Damien Chazelle quelque chose de plus moderne et pétillant, de moins évident aussi, parfois.

Car le film n’est pas qu’une comédie musicale brillante ni une comédie romantique touchante. De saison en saison, il mue au rythme de la vie de Mia et Sebastian, porteur d’une vraie réflexion sur la confrontation des rêves de la jeunesse à la réalité d’un monde féroce, sur la difficile coexistence de la vie sentimentale et de l’épanouissement individuel, sur les vies alternatives que l’on aurait pu vivre en empruntant des chemins différents. C’est évidemment une histoire d’amour, mais aussi à mes yeux un film sur le choix d’un destin et le sens des priorités. Autant de thèmes universels qui, si magnifiquement exprimés, forment cet objet rare du cinéma, que l’on appellera, au choix, un chef d’œuvre ou un classique.

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