nocturnal-animalsSusan, galeriste reconnue, a apparemment tout pour être heureuse. Mais lorsqu’elle reçoit un manuscrit de la part de son ex-mari qu’elle n’a pas vu depuis 20 ans, la lecture du roman la bouleverse…

Movie challenge 2017 : un film sorti cette année

En allant voir Nocturnal Animals (j’ai laissé l’amie qui m’accompagnait choisir parmi plusieurs films à l’affiche), je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais. Les échos que j’en avais eus le disaient étrange et brillant, ce qui m’intriguait, et j’apprécie suffisamment Amy Adams (qui restera pour moi toujours la Gisèle d’Enchanted, même après avoir vu Arrête-moi si tu peux et American Bluff) pour être curieuse de ce film.

Je confesse que je ne connaissais pas du tout le réalisateur, et que j’ignorais tout de ses activités de styliste, mais cela m’a paru évident rétrospectivement. Dès les premières images, le film propose une esthétique toute particulière, baroque et léchée. Les collaborateurs de Susan portent tous des tenues invraisemblables dans leur immense galerie au design épuré voir futuriste. De même, la grande maison de Susan, décorée d’œuvres à la signification trouble, contribue à créer un univers graphique reconnaissable, à la fois froid et perturbant.

Au contraire, les scènes du roman de Tony se déroulent dans l’atmosphère poussiéreuse du désert texan, créant un contraste qui permet au spectateur de ne jamais se perdre malgré le choix du même acteur (Jake Gyllenhaal) pour incarner l’écrivain et son personnage principal.

Mais ce qui m’a surtout frappée, c’est l’intelligence du scénario et du montage, qui permettent de mettre en place peu à peu les pièces du puzzle pour faire apparaître lors de la scène finale le vrai sujet du film. En ajoutant quelques précisions et en resserrant le propos du livre d’Austin Wright qu’il adapte, le réalisateur confère à cette histoire une portée psychologique plus importante, et un impact plus net sur le spectateur.

Métaphore de la vie de Tony, son roman exprime, par des scènes d’une grande tension et une violence parfois quasiment insoutenable, la façon dont il a vécu sa vie et ses échecs, en particulier celui de son mariage. Je mets tout de même en garde le spectateur qui serait particulièrement sensible, notamment sur les violences faites aux femmes, car le film n’a pas peur des images choquantes. Par moments, certains procédés (comme les cauchemars ou les apparitions que Susan croit voir jusque dans le smartphone d’une collègue) font aussi penser au film d’épouvante.

Bien qu’un peu dérangée par l’atrocité de l’histoire enchâssée, j’ai beaucoup apprécié la construction du film et l’interprétation d’Amy Adams et Jake Gyllenhaal, ainsi que la réflexion sur nos désirs au fur et à mesure que nous mûrissons et notre héritage. La conversation de Susan avec sa mère est un délice, car celle-ci est à la fois glaçante et d’une grande sagacité, comme le révèle la deuxième partie du film. La chute apparaît alors au spectateur comme une évidence, aussi cruelle que géniale.

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