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mercipourlinvitationDes divorces, des rencontres, un deuil, un dîner de charité, des histoires manquées, et un mariage… Tous se sentent plus ou moins égarés dans leur vie, « des gogos qui attendent juste une fin heureuse ». 

Moi qui affectionne spécifiquement le genre de la nouvelle, je me suis intéressée au nouveau recueil de Lorrie Moore, auteur dont je n’avais rien lu jusqu’ici, à la fois parce qu’elle est reconnue comme l’une des meilleurs nouvellistes américaines contemporaines et parce que j’essaie peu à peu de découvrir davantage la littérature anglo-saxonne.

Très vite, la première nouvelle du recueil, évoquant un homme divorcé qui peine à retrouver les codes de la séduction et à savoir s’il souhaite vraiment s’engager de nouveau dans une relation, m’a rappelé un autre recueil de nouvelles américain, Qu’est-ce que vous voulez voir ? de Raymond Carver. On est dans cette même veine d’une littérature très réaliste qui donne à voir des personnes lambda dans des scènes de la vie quotidienne, mais en même temps confrontées à des questionnements existentiels.

C’est un genre qui suscite mon attention, en tant qu’il pose des questions et s’intéresse en particulier aux rapports humains, étudiés dans leur complexité sur un petit nombre de personnages pris dans une situation assez précise (en général deux ou trois personnages principaux par nouvelle). Et en même temps, je trouve ce type de livre assez compliqué à chroniquer, car peu romanesque.

On n’est pas ici dans le style de la nouvelle à chute, qui modèle un événement pour l’inscrire dans la durée du récit, mais plutôt dans une tranche de vie découpée comme au hasard, comme si un documentariste était venu poser sa caméra dans la maison de quelqu’un à un instant T pour la reprendre après une durée arbitraire. On obtient ainsi des histoires qui n’ont pas vraiment de début ni de fin, ce qui peut avoir un côté perturbant pour le lecteur avide de sens qui se demanderait où l’auteur veut en venir. Je me demande encore si c’est moi qui n’ai pas tout saisi, ou s’il est vrai qu’il ne faut pas toujours chercher à interpréter, mais simplement accueillir les textes de Lorrie Moore pour ce qu’ils sont, des sortes de reportages littéraires, qui donnent à voir des situations de la vie, dans leur complexité et leur lisibilité parfois délicate.

J’ai particulièrement apprécié le côté un peu déjanté de la dernière nouvelle du recueil, avec ce mariage étrange, perturbé par une arrivée inopinée, qui m’a fait penser à une scène du film à sketches Les nouveaux sauvages (mais dans une version beaucoup moins extrême).

Reste surtout en tête le plaisir du texte, avec quelques citations pertinentes dans leur étrangeté, comme celle-ci : « On pouvait perdre quelqu’un, néanmoins il continuait à exister. La fin de l’amour n’était qu’un film de zombies. »

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