carolematthieuCarole Matthieu est médecin du travail chez Melidem, une entreprise de vente par téléphone. Après le suicide d’un employé qui l’avait agressée, elle décide de rester pour alerter sur les conditions de travail de plus en plus dures que subissent les employés…

J’avais beaucoup aimé Discount, le précédent film de Louis-Julien Petit, où des salariés d’un centre commercial organisaient un réseau de vente solidaire et parallèle. J’étais donc intéressée par le sujet de Carole Matthieu, qui semblait approfondir la veine sociale amorcée par le réalisateur dans son premier long-métrage.

Adapté de l’œuvre de Marin Ledun, essentiellement auteur de polars, le film (qui est aussi un téléfilm, puisqu’Arte l’a diffusé avant sa sortie en salles) nous plonge dès le début dans une ambiance de film noir, avec des plans très sombres, mystérieux, et l’atmosphère glacée de l’entreprise, dont les parois vitrées donnent l’impression d’une surveillance permanente de tous. Je n’ai pas très bien compris ce que je voyais au début, lorsqu’Isabelle Adjani contemple un paysage de carrières, puis se retrouve aussitôt dans son bureau. Cette entrée en matière étonnante est à l’image du film, qui, pour mieux nous faire entrer dans l’esprit de plus en plus dérangé de la médecin, met le spectateur aux prises avec des scènes incompréhensibles, à mi-chemin entre réalité et cauchemar.

J’avoue avoir été assez déroutée par ce style très différent de celui de Discount. Par moments, je me suis demandée si ce que je voyais arrivait vraiment ou s’il s’agissait d’une projection de Carole (Isabelle Adjani, toujours bizarre), d’une hallucination. Souvent, la médecin se regarde dans un miroir comme pour vérifier qu’elle existe : ces scènes sont l’occasion d’entendre les paroles d’autres personnages avec la voix de la femme qui perd pied.

Cette mise en scène audacieuse a un certain cachet, et contribue à renforcer la pesanteur du propos, qu’aucune lueur d’espoir ne vient alléger. J’ai rarement vu un film aussi sombre, aussi glauque. L’entreprise est une machine à broyer les salariés, à la fois dans leurs corps épuisés par la posture assise perpétuelle et dans leurs esprits tourmentés par la pression des managers qui écoutent tous les appels et peuvent surgir n’importe quand pour hurler des consignes ou des insultes à l’oreille d’un des vendeurs. On se demande quand même si cela n’est pas un peu caricatural, s’il n’est pas étonnant, en dépit de la menace du chômage, que personne ne bronche, ne se révolte, jamais. Et puis, Corinne Masiero, toujours exceptionnelle, tombe le masque, révélant que même la DRH est victime du système et de ses démons.

Le fond du propos, même si peut-être exagéré, est fort et a le mérite de dénoncer les pratiques inhumaines qui peuvent sévir dans certaines entreprises où le culte de la performance a aboli le respect de l’humain. Mais la forme psychédélique m’a un peu dérangée, en m’empêchant d’adhérer pleinement aux événements, puisque je me demandais sans cesse s’ils étaient réellement advenus. Une demi-réussite, donc.

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