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la_baleine_thebaideAprès ses études, Richeville, jeune Français indécis et réservé, embarque sur l’Hirundo en quête de la « Baleine 52 » qui émet un chant aux ondes différentes de celui de ses congénères, et se trouve donc isolée sans pouvoir communiquer…

Après le succès de La Fractale des raviolis puis de La Variante chilienne, il va sans dire que j’attendais avec impatience le troisième roman de Pierre Raufast. D’autant plus qu’ayant la chance de connaître l’auteur, j’avais entendu parler de ce livre à plusieurs reprises au cours de son écriture. Autant de bribes d’informations qui avaient attisé ma curiosité.

Le suspense insoutenable a trouvé son épilogue dans la lecture de ce roman, que je m’étais réservé pour les vacances de Noël afin de pouvoir en profiter dans des conditions optimales. Bien m’en a pris. En effet, après nous avoir fait suivre des personnages très littéraires dans son précédent roman, ce qui collait assez bien avec mes propres aspirations d’ancienne étudiante en philo, Pierre Raufast nous emmène cette fois-ci dans un univers beaucoup plus scientifique, qui m’est moins familier et m’a donc demandé un peu plus d’investissement intellectuel. Cela dit, le grand talent de conteur de l’auteur ne se dément pas, et contribue à faciliter l’immersion du lecteur dans cette histoire à trois voix. Nous entamons la découverte de la baleine à travers le récit du jeune Richeville. Les premières lignes sont très accrocheuses, entretenant d’emblée le mystère et nous donnant envie d’en savoir plus ! Rapidement, je me suis beaucoup attachée à ce personnage, sans doute parce que je me suis reconnue dans la description de ses années en grande école, et de son inadaptation à ce milieu si… particulier, dirons-nous.

Le récit dévoile ses multiples facettes en changeant de point de vue : Eduardo se chargera de nous conter ce que Richeville ignore, puis Dimitri ce qu’Eduardo n’avait pas su. Bien peu de femmes dans ce récit, ce que j’ai un peu regretté, jusqu’à l’apparition tardive du très joli personnage de la libraire. À travers ce récit à plusieurs voix, Pierre Raufast fait preuve une fois de plus de l’art de la digression qui a fait son succès, mais je trouve qu’il a vraiment su renouveler son style pour proposer un récit assez différent dans la forme, avec moins d’intrigues secondaires, tout en incluant de nombreuses références à ses livres précédents, ce qui contribue à créer l’impression forte d’un univers cohérent et réfléchi. Cette maîtrise de textes pourtant si foisonnants force le respect !

Sans vouloir gâcher le plaisir des lecteurs, il me faut dire un mot de la fin du livre. Je me contenterai de préciser que je ne l’ai pas vraiment vue venir, même si rétrospectivement je me suis dit que j’aurais pu m’y attendre. J’ai sans doute été aveuglée par ce que j’espérais pour les principaux personnages. De fait, je me suis trouvée assez démunie par cette fin, qui contribue à donner à ce texte une couleur à mes yeux bien différente de celle des deux romans précédents. De La Fractale, je retiens un côté assez ironique, un humour parfois noir. De La Variante, une forme de sagesse un peu mélancolique sur le passage du temps. Je crois que La Baleine me laissera davantage le sentiment de l’absurdité et du tragique de l’existence.

Il y a en tout cas quelque chose de touchant dans le fait d’assister à un tel parcours d’écrivain, qui à chaque texte, sous couvert d’une forme divertissante et éminemment romanesque, nous donne un peu plus à réfléchir aux bizarreries de la vie.

Trois questions à… Pierre Raufast

Alors que Pierre me fait l’honneur d’être un fidèle du blog, je ne l’avais encore jamais interviewé au sujet de ses romans. C’est chose faite !

  •  Après avoir fait découvrir à des milliers de lecteurs l’existence du rat-taupe nu, pourquoi avoir choisi de faire la baleine comme animal star de ce nouveau récit ?

J’ai découvert  il y a quelques années l’existence de la baleine 52 dans un Science&Vie. J’ai aussitôt pressenti le potentiel émotionnel et narratif de la bête. Je l’ai précieusement noté dans mon carnet… et décidé quelques temps plus tard d’en faire la trame principale d’un roman – notamment en abordant le thème de la solitude qui est sa caractéristique principale.

  • Les personnages de La Variante étaient dans l’ensemble des littéraires, ceux de La Baleine sont des scientifiques et des informaticiens. Était-ce une volonté de se rapprocher de votre propre profession ?

Pas forcément. Mais cela cadrait mieux avec l’univers de l’histoire, qui tourne autour du Samaritano Institut of Research. Donc des scientifiques. Puis, l’histoire de la baleine connectée… Ce n’est donc pas une volonté de me rapprocher de mon métier, même si mes connaissances aident pour décrire ce monde-là  🙂

  • Pourquoi Richeville et la libraire ne sont-ils jamais désignés par leurs prénoms ?

Mais Richeville est pour moi un prénom ! Pour la libraire, effectivement, je voulais conserver un certain détachement car l’idylle n’allait pas durer. Ne pas lui donner de prénom renforce la désespérance de Richeville et sa solitude. Une femme universelle, anonyme, qui n’existe pas vraiment.

Un grand merci à Pierre Raufast pour ses réponses et pour son amitié.

 

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