lolivierAlors que son grand-père s’enferme dans le mutisme, Alma, qui travaille à l’élevage de poulets familial, décide de retrouver l’olivier millénaire du vieil homme, qu’il avait été contraint de vendre par ses fils…

J’avoue n’avoir prêté que peu d’attention à ce film lors de sa sortie. Parce que je ne connais pas grand chose au cinéma espagnol, que j’assimile toujours à Almodovar. Or je n’ai jamais adhéré aux œuvres d’Almodovar.

Et puis j’ai eu l’occasion de voir la bande-annonce en salles, deux fois. Je me suis surtout dit que ce film plairait à mon père, friand de dépaysement sur grand écran. Même si j’avais repéré la belle Anna Castillo, même si quelques répliques faisaient mouche (« Que familia está ! »), je me suis dit qu’on verrait plus tard. Il faut dire qu’en plein été, difficile de trouver sur son lieu de vacances qui diffuse autre chose que les grosses productions et les films pour enfants !

Et puis, complètement par hasard, j’ai vu Même la pluie. Et en me renseignant sur la réalisatrice, Icíar Bollaín, j’ai découvert que c’était aussi à elle qu’on devait L’Olivier. J’ai alors revu la bande-annonce d’un œil neuf, saisissant le potentiel d’émotion et de révolte contenu dans ce film. Et bien sûr, alors qu’il ne passait presque plus nulle part, il fallait maintenant absolument que je le voie, c’est tout moi.

Dès les premiers plans, j’ai été plongée dans l’ambiance de ces plantations d’oliviers écrasées de soleil, mais aussi de l’usine surpeuplée où les poulets crèvent sous leurs congénères. Tout de suite, j’ai apprécié le contraste entre des images magnifiques, léchées, de la végétation et de la terre rouge, et d’autres plus crues voire cruelles. Comme quand Alma s’arrache les cheveux pour émerger d’une gueule de bois.

Car toute la force du film repose sur l’exceptionnelle Anna Castillo, qui compose un personnage féminin qui ne peut laisser indifférent. Frondeuse, rebelle, immature, elle est aussi forte que sensible, excessive que juste. J’ai immédiatement adhéré au personnage et eu envie que la vie lui donne raison et qu’en fonçant tête baissée, comme elle le dit, elle trouve des gens pour l’aider en chemin. Sa relation avec son grand-père est terriblement touchante, a fortiori dans les scènes avec la petite Alma (Inés Ruiz, parfaitement choisie pour sa ressemblance physique avec Anna Castillo et pour son jeu passionné). Muet et affaibli, et pourtant imposant, Rámon (Manuel Cucala) incarne la rugosité des hommes amoureux de leur terre, asséchés de tendresse par le travail acharné. Mais sa redécouverte de l’enfance avec la petite Alma le transforme en grand-père patient et protecteur.

Dans son périple pour retrouver l’olivier familial, Alma peut compter sur deux compagnons de route bienveillants : Rafa, le discret chauffeur de poids-lourd éperdu d’amour, et l’oncle Alcachofa, dont les sautes d’humeur donnent lieu aux scènes les plus drôles du film. Car malgré un sujet délicat et un climat familial tendu, L’Olivier sait aussi faire preuve de légèreté et nous faire rire, parfois aux dépends des personnages.

Un très beau film sur l’importance de la transmission et des valeurs familiales, émouvant et souriant, porté par la grâce de son actrice principale.

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