stutterer_film_posterGreenwood, typographe, a un secret : il est bègue. Mais quand il tchatte avec la jolie Ellie sur les réseaux sociaux, il s’exprime avec esprit et fluidité. Jusqu’au jour où Ellie lui propose de se voir « en vrai »…

 Movie challenge 2016 : un court-métrage

La catégorie court-métrage est en fait celle du Movie challenge que j’ai gardée pour la fin depuis le début. J’avais plusieurs films en tête, mais pas facile de trouver les courts-métrages qui nous intéressent en ligne ! Après m’être escrimée à chercher certains titres en vain, j’ai décidé de laisser faire le hasard. Je suis donc allée consulter les sites de replay, et en particulier la plateforme courts-métrages d’Arte.

J’ai choisi un peu au hasard, un titre court comme je les aime qui me laissait deviner un sujet qui pouvait se révéler à la fois drôle et touchant. Sur le bégaiement, tout le monde je crois a vu Le Discours d’un roi, un film qui pour ma part m’a laissé relativement indifférente.

Et c’est là que j’ai envie de saluer l’immense talent nécessaire au genre du court. Comme la nouvelle en littérature, le court-métrage a cette capacité à s’attacher à un moment-clé de la vie de ses personnages, à décupler les émotions par le format qui oblige à une concentration des éléments. Pas de temps à perdre sur quelques minutes, pas de remplissage. Et comme se tient ce week-end la Fête du Court dans plusieurs villes françaises, j’ai pensé que c’était le moment de rendre hommage à ce genre qui n’est pas un sous-genre.

Et quoi de mieux que le film de Benjamin Cleary, qui a réussi en 12 minutes à me faire éprouver tout ce que j’avais renoncé à trouver dans Le Discours d’un roi ? Ce n’est pas pour rien que Bègue a obtenu l’an passé l’Oscar du meilleur court (chose que j’ignorais au moment de le regarder). Petit film, certes, mais grand talent !

Le réalisateur irlandais, dont c’était la première réalisation, réalise avec ce coup d’essai un coup de maître. Tout y est : la tristesse et la solitude, soulignées par la musique mélancolique de Nico Casal, d’un homme qui ne peut s’exprimer et que cela handicape même dans les tâches les plus courantes, mais aussi l’esprit ironique et subtil de ce même homme dès lors qu’il écrit ou que l’on accède à ses pensées. J’ai adoré le regard distancié que porte Greenwood sur ses propres avis, sa façon de juger ses contemporains à la Sherlock, en tentant de deviner leur vie en quelques indices. Et de savoir que tout cela ne lui donne pas l’accès à la vérité d’une relation directe avec autrui.

Les acteurs sont exceptionnels : Matthew Needham, avec son regard extrêmement expressif, et ce mélange de tendresse et d’angoisse qui font de Greenwood un personnage attachant, mais aussi Éric Richard, qui en deux scènes exprime toute l’affection paternelle, et la charmante Chloe Pirrie, sur les épaules de laquelle reposent l’effet final du film.

De plus, le montage, la façon de filmer (gros plans, jeux de lumière), les décors (l’atelier du typographe), les effets sonores (la voix off exprimant les pensées de Greenwood), tous ces choix m’ont semblé pertinents dans le but de toucher le spectateur profondément. Une grande réussite, à voir jusqu’en mars 2017 ici : http://cinema.arte.tv/fr/article/begue-de-benjamin-cleary.

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