troissouvenirsdemajeunessePaul Dédalus, anthropologue, s’apprête à rentrer en France après une vie de voyages. Il se souvient des moments marquants de sa jeunesse : la mort de sa mère, un voyage scolaire à Minsk, et son histoire d’amour avec Esther…

 Movie challenge 2016 : un film dont le titre contient un numéro

J’avais failli aller voir ce film en salles, donc je n’ai eu aucun souci avec cette catégorie du Movie challenge. En revanche, n’ayant vu jusqu’ici aucun film d’Arnaud Desplechin, je me suis quand même un peu documentée avant le visionnage, histoire de comprendre dans quoi je me plongeais.

D’après mes petites recherches, le film s’inscrit dans la continuité de l’œuvre du cinéaste multiprimé aux Césars, puisqu’on y retrouve ses personnages et acteurs fétiches, Mathieu Amalric en tête. Le film est en fait une sorte de prequel de Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle), qui mettait déjà en scène Paul Dédalus et Esther. Mais le personnage masculin au nom inspiré par l’œuvre de James Joyce apparaissait aussi semble-t-il dans Un conte de Noël. Problème, selon moi : ces différentes apparitions ne concordent pas vraiment, soit au niveau de la famille de Paul, soit de la chronologie de sa liaison avec Esther. Bref, je crois que j’ai plutôt bien fait de regarder ce film indépendamment, finalement !

J’ai été assez surprise par la structure du film. Je m’attendais à une mise en contexte claire et à trois parties à peu près égales. En fait, le début semble un prétexte que le réalisateur ne prend même pas la peine de rendre intéressant ou vraiment déclencheur. Il suffit qu’une femme dise à Paul qu’elle se souviendra de lui quand elle sera vieille pour qu’il s’embarque aussitôt dans sa mémoire en répétant « je me souviens » d’une voix languissante. Autant dire que ça ne partait pas très bien à mes yeux. D’autant que je n’ai pas compris grand chose au premier souvenir, qui nous plonge dans une atmosphère digne d’un film d’épouvante et ne dure que quelques minutes. L’occasion pour le spectateur d’intégrer que Paul traîne les casseroles d’une famille bancale (et d’une mère folle, d’après ce que j’ai pu en déduire).

Le deuxième souvenir, déjà un peu plus conséquent, nous présente un Paul adolescent à la fois timoré et enthousiaste à l’idée de rendre service et de faire le bien. C’est à ce moment, assez incongru et romanesque, que j’ai commencé à adhérer à l’histoire, et je pense que cela doit beaucoup au jeu de Quentin Dolmaire. Le jeune homme, à la voix et au phrasé particuliers, compose un personnage plus captivant que sympathique.

Le troisième souvenir le met en présence d’Esther, son amour de jeunesse. Alors que Paul est désormais étudiant à Paris, il ose aborder lors d’un week-end à Roubaix la jeune lycéenne, en classe avec sa petite sœur. Lou Roy-Lecollinet offre à la jeune fille une évolution qui fait le principal intérêt du film. D’abord insupportable d’arrogance et de confiance en son pouvoir de séduction, elle se révèle sensible et esseulée, puis dépendante et angoissée à mesure qu’elle s’éprend sérieusement de Paul. Mon côté sérieusement moral a eu un peu de mal à concevoir qu’ils passent leur temps à se tromper avec les premiers venus, tout en se déclarant une passion brûlante, mais par ailleurs, j’ai trouvé leur histoire assez touchante, notamment en raison du manque d’argent qui les sépare. Cette relation en partie épistolaire, qui s’interroge beaucoup sur l’amour et sur ce que chacun apporte à l’autre m’a fait penser aux films assez bavards d’Éric Rohmer (bavard n’étant pas pour moi un défaut !).

Dans l’ensemble, j’ai trouvé le film un peu bancal et les personnages parfois agaçants, pourtant j’ai été séduite par le charme du jeune couple Paul-Esther. Je retiens surtout les deux acteurs principaux, que j’apprécierais de voir dans un autre registre, pour confirmer leur évident potentiel.

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