journaldunhommeheureuxEn 1988, Philippe Delerm travaille à son roman Autumn, et enseigne à Beaumont-le-Roger, où il vit avec sa femme Martine et son fils Vincent. Il décide de commencer à rédiger son journal, pour exprimer son bonheur quotidien…

Il y a un an, j’avais la chance de rencontrer Philippe Delerm en compagnie de quelques lecteurs sympathiques, et il nous avait parlé de ce journal qu’il s’apprêtait à publier. Je n’ai pas l’habitude de lire des journaux intimes, et je me demandais ce que j’allais trouver dans celui-ci. Mais un livre de Philippe Delerm, quel que soit son genre, est un plaisir qui ne se refuse pas.

De fait, dès les premières pages, j’ai été rassurée de retrouver tout ce que j’aime et qui fait la tonalité si particulière des écrits de l’auteur : cette façon d’observer avec une acuité poétique les détails du quotidien, les objets, les végétaux, cette propension à vivre l’instant comme un futur souvenir plein de chaleur, à ne conserver que le meilleur et le positif. On a dit parfois des Delerm père et fils qu’ils étaient nostalgiques, mais c’est faux. Dans ce rapport aux souvenirs, nul regret ou tristesse mais une façon de les garder vivants en soi, de ne pas les laisser s’évanouir, de retenir le bonheur en continuant à le conjuguer au présent.

C’est un vrai délice de se laisser porter par les réflexions de l’écrivain sur des sujets aussi variés que ses lectures, les couleurs de la campagne, ses voisins, son métier de prof ou le milieu littéraire qu’il commence à côtoyer à l’époque. J’ai apprécié la sincérité de l’auteur, qui n’hésite pas à révéler ses contradictions, ses défauts même, comme le goût pour les compliments sur ses œuvres, le besoin viscéral d’écrire mais aussi d’être publié. Entre les entrées du journal de 1988-89 s’insèrent des remarques de 2016. Ainsi l’auteur compare-t-il l’homme qu’il était alors à celui qu’il est aujourd’hui, infirmant ou confirmant un point de vue, analysant ses ressentis de l’époque. J’ai trouvé particulièrement touchante la certitude intime qui le portait à l’époque, celle qu’il allait encore publier des œuvres et qu’il n’était qu’à l’orée de son succès d’écrivain. J’y ai vu bien davantage le sentiment d’une vocation, de l’intuition de sa place dans le monde, qu’un quelconque manque de modestie…

Si les lecteurs assidus de Philippe Delerm sont habitués à voir passer ses proches dans les pages, ils en apprendront ici un peu plus sur Martine, sa passion pour le jardinage et ses œuvres d’illustratrice, et Vincent, adolescent dont l’hypersensibilité annonçait déjà l’artiste.

Et puis, au détour d’une page, entre deux contemplations ou réflexions sur la vie heureuse, je me suis prise à sourire. Philippe Delerm ne pense pas « être un écrivain pour le métro ». J’étais justement dans une rame en lisant ces mots, et j’avais envie de le détromper. Car ce journal est une parfaite lecture des trajets quotidiens, insufflant la joie et l’énergie nécessaires à débuter sa journée de travail, et nous rappelant avec douceur de profiter des bonheurs simples et du plaisir de vivre ensemble à l’heure de rentrer chez soi.

Une fois encore, merci monsieur Delerm pour ces mots qui sonnent vrai et qui nous enveloppent de douceur et d’une joie pure et claire.

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