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passeimparfaitAlors qu’il participait à la Saison des débutantes en 1968, le narrateur, s’étant lié d’amitié avec le roturier Damian Baxter, l’a fait entrer dans la bonne société. À la suite de vacances au Portugal, ils se sont définitivement brouillés. Mais, quarante ans après, arrive une lettre de Damian… 

Je connaissais de nom Julian Fellowes, le créateur de la série culte Downton Abbey (que je n’ai toujours pas vue), mais je n’avais jamais eu l’occasion de me plonger dans ses écrits. Heureusement, le Club de lecture du Pingouin vert était là pour m’y pousser !

J’avoue que quand j’ai eu dans mes mains ce pavé de plus de 600 pages, j’ai craint de ne jamais en voir le bout. Surtout lorsque j’ai su que plusieurs lectrices l’avaient abandonné en cours de lecture. Pourtant, dès les toutes premières pages, j’ai été charmée par l’univers british chic de Cambridge que j’y ai trouvé. Cela m’a rappelé le début d’un autre livre que j’avais absolument adoré, Le complexe d’Eden Bellwether.

Sans doute influencée par cette comparaison, j’ai très vite compris que le vernis des bonnes mœurs cachait des secrets inavouables et des bassesses entre gens de la haute société. De fait, le narrateur évoque rapidement le mal que Damian lui aurait fait, sans que l’on sache précisément de quoi il retourne.

Pourtant, il accepte de se prêter à la requête de son meilleur ennemi et de retrouver les femmes de leur jeunesse. Commence alors un récit superposant les scènes des bals de 1968 et les retrouvailles contemporaines. Cet astucieux jeu de miroir permet à l’auteur de se faire le plaisir de descriptions riches et vivantes, mais aussi d’une analyse de l’évolution de la société anglaise, ce que j’ai trouvé vraiment intéressant. Le narrateur ne cache pas ses positions, sa nostalgie d’un passé où les familles nobles étaient riches et puissantes, mais reconnaît tout de même le mérite de ceux qui se sont hissés, comme Damian, jusqu’à des sommets de richesse et de notoriété, alors qu’ils partaient sans atouts dans leur manche.

Je me suis laissée prendre par le suspense double du roman, qui donne envie au lecteur de savoir à la fois qui est en réalité la personne que Damian recherche, mais aussi ce qui s’est vraiment passé au Portugal. À un moment, j’en suis venue à espérer un complet retournement de situation : que la lettre qui initie la quête soit un faux, ou qu’elle évoque en fait totalement autre chose que ce que Damian et le narrateur en avaient conclu… Sans aller jusque-là, le roman sait réserver des surprises jusqu’au bout au patient lecteur qui parviendra au terme de ses 647 pages.

Malgré des scènes drôles et des commentaires parfois acerbes, ainsi qu’une dose de romance, l’impression qui m’est restée à la fin du récit est celle de l’injustice de cette époque qu’on considère aujourd’hui comme libertaire, et où les familles arrangeaient pourtant encore les mariages (voire la carrière) de leurs enfants. Combien de vies ratées à cause d’unions mal assorties ? Combien de talents empêchés de s’épanouir chez les jeunes femmes ? C’est donc plutôt l’amertume et le sentiment d’absurdité qui dominent chez le lecteur, qui aura sans nul doute envie de s’écrier : « Pauvres petites filles riches ! »

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